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Approvisionnement en ressources fossiles depuis la Russie


Avec l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 et les sanctions économiques qui l’accompagnent, la question de la dépendance des pays européens aux combustibles fossiles importés s’est imposée brutalement dans l’actualité. Cette question ne se substitue pas à celle relative aux émissions de gaz à effet de serre et au réchauffement climatique. Elle vient au contraire s’y ajouter, compliquant encore les décisions d’orientation stratégique. Il n’est pas dans les missions ni dans les compétences de l’Afis de préconiser une politique particulière, qui relève à l’évidence de nombreux facteurs politiques, géopolitiques, économiques et sociaux. Mais quelques chiffres, en complément du dossier que nous publions dans ce numéro, peuvent contribuer à mieux comprendre les enjeux (sauf indication contraire, toutes les données présentées proviennent du Statistical Review of World Energy 2021 réalisé par BP [1] et portent sur la situation en 2020).

Dans la suite, « Europe » désigne les pays de l’Europe continentale et la Turquie, mais ni la Russie ni la Biélorussie (convention retenue dans [1]). Quand les données portent sur l’Union européenne spécifiquement, cela est explicitement précisé. Le gaz, le pétrole ou le charbon concernent ici tous les usages : industrie (dont production d’électricité), bâtiment, transport, etc. Enfin, bien que l’année 2020 ait été une année particulière (crise sanitaire), les données présentées ici restent valides dans les ordres de grandeurs et les ratios qu’elles présentent.

Le Tanker Prometheus croise le bateau-pompe Elbe 2, Alfred Jensen (1859-1935)

Gaz

La Russie est le second producteur mondial de gaz fossile 1, derrière les États-Unis. En termes de réserves estimées, la Russie se place même en première position 2. Elle est le premier exportateur mondial (19 % de la totalité des exportations). Ses principaux clients sont l’Europe (77 % de ses exportations, essentiellement via des gazoducs) et la Chine (10 % de ses exportations, essentiellement sous forme de gaz liquide – GNL – transporté par des méthaniers).

(*) CEI : Communauté des États indépendants qui regroupe 9 des 15 anciennes républiques soviétiques, Russie incluse.

L’Union européenne, pour ses approvisionnements en gaz, dépend à 40 % de la Russie [2]. Cependant, la situation est très variable d’un pays à l’autre et certains pays sont quasiment entièrement dépendants (Lettonie, République tchèque, Finlande ou Hongrie).

L’Allemagne est le premier consommateur de gaz en Europe et dépend à 55 % des importations depuis la Russie. La France consomme deux fois moins de gaz que l’Allemagne (40,7 milliards de m3 en 2020 contre 86,5) De plus, son approvisionnement en gaz est basé à 43 % sur du gaz liquéfié, acheminé par bateaux, et permettant donc une plus grande diversification des sources (à titre de comparaison, l’Allemagne dépend quasi-intégralement du réseau de gazoducs, n’étant pas pourvue à ce jour de terminaux adaptés).

Pétrole

La Russie est le second exportateur mondial de pétrole brut (12 % des exportations, derrière l’Arabie saoudite avec 16 %). L’Europe, définie comme indiqué ci-dessus, est son premier client (53 % des exportations de la Russie), suivie par la Chine (32 %). Comme pour le gaz, la dépendance de l’Union européenne au pétrole russe est significative (de 20 % à 25 % de ses importations [3]). Celui-ci est acheminé soit par bateau (pétroliers), soit via l’oléoduc Droujba qui traverse la Biélorussie (Droujba Nord) et l’Ukraine (Droujba Sud) pour alimenter l’Europe centrale et l’Allemagne.


Charbon

Le charbon est moins facile à transporter que le pétrole ou le gaz. Aussi, la plus grande part de la production d’un pays est consommée localement ou dans les pays voisins. Le premier producteur mondial est la Chine. Les principaux exportateurs sont, par ordre décroissant, l’Australie (29,1 % des exportations mondiales), l’Indonésie (26,8 %) et la Russie (17,8 %). L’Europe est la première destination du charbon russe (34,6 % des exportations russes), devant la Chine (17,6 % des exportations russes). Pour sa production électrique, l’Allemagne utilise du lignite, un charbon de mauvaise qualité extrait localement, et de la houille qui est intégralement importée, dont 45 % (en 2019) en provenance de la Russie [4]). Allemagne et Pologne sont les deux gros consommateurs de charbon de l’Union européenne, avec plus de la moitié du total [5]. La Chine, premier producteur mondial, n’exporte quasiment pas son charbon.

1 On évite la terminologie « gaz naturel », puisque le gaz n’est pas plus – ni moins – naturel que le charbon ou le pétrole. Ce gaz est essentiellement du méthane.

2 Les données relatives aux réserves estimées, fondées sur des déclarations des États, sont à considérer avec prudence.



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