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De la lecture comme pratique spirituelle



 Comment accéder à la connaissance spirituelle ?

La plupart des gens répondront que la source de la connaissance spirituelle est en nous. Il faut plonger en soi. Mais ce que nous entendons pas là diffère : pour les uns, il s’agit de « voyager dans l’Astral », de se connecter à des entités omniscientes ou de se fier à son impression du moment. Pour d’autres, plus rares, cela signifie se reconnaître comme présence impersonnelle, ou entrer en relation avec l’essence intime qui est aussi l’essence universelle. 

Autrement dit, la majorité des gens se tourne vers des entités, principalement des humains, des gourous, des maîtres, des guides, comme source de la connaissance. Dont des livres, qui sont les paroles de telles entités.

Or, j’ai remarqué une chose : parmi ceux qui lisent des livres, il y a ceux qui lisent des livres « sur x », par exemple le Tantra ; et il y a ceux qui lisent des livres « de x », par exemple des textes de la tradition du Tantra. C’est la distinction entre littérature ou secondaire, « les livres sur la Gnose », et la littérature primaire, les textes gnostiques eux-mêmes. Ou les livres sur l’alchimie, et les textes alchimiques eux-mêmes. Ce sont là deux sortes de sources très différentes.

Mon expérience, de longue date, est que la littérature secondaire est un mauvais choix. En surface, elle semble certes plus facile d’accès, plus familière ; les sources primaires semblent plus exotiques, plus difficiles. Mais c’est négliger le fait que la littérature secondaire est… secondaire. Elle est une copie, au mieux relativement fidèle. Un dérivé, un reflet, une imitation. Un écho. Or, comme dans le jeu du « téléphone arabe », il suffit de quelques copies pour que l’original devienne méconnaissable. De plus, pourquoi passer par des intermédiaires ? « Mieux vaut s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints ». Remonter au plus près de la source.

La littérature secondaire est donc une perte de temps. Au pire, elle est source d’erreur. Et, parmi les sources secondaires, les moins mauvaises sont celles qui laissent le plus parler ceux dont elle parle. Voilà pourquoi je préfère les anthologies, au pire les résumés. Quant aux informations contextuelles, le format wikipédia est idéal. Rester concis, s’en tenir à l’essentiel. Les commentaires critiques doivent, dans la mesure du possible, être clairement placés à part.

Les livres que j’ai lu sur Platon étaient plein de préjugés, voire de mensonges. Même constat pour les ouvrages sur la Gnose, les « introduction », etc. Les livres sur le Tantra m’ont transmis des idées néfastes. Par exemple, le livre de Van Lysbeth a fait la propagande du cliché des « méchants aryens » contre les « gentils dravidiens », les vils pasteurs patriarcaux contre les doux agriculteurs matriarcaux. Cela m’a fait perdre du temps – le temps nécessaire pour réaliser par moi-même que cette affirmation était fausse. De même sur l’hindouisme, le bouddhisme, et ainsi de suite. Rien ne vaut l’accès aux sources primaires.

Et ce qui a été décisif, à chaque fois, c’est cet accès à la littérature primaire. Les sources, comme on dit à juste raison. Les textes, dans la langue originale ou, à défaut, dans une assez bonne traduction. Bien évidemment, je ne connais pas le tibétains, par exemple. Mais je connais le vocabulaire du dzogchen, les expressions principales. Je m’intéresse toujours à la langue. Remonter au plus près de la source. D’où l’apprentissage du sanskrit. On me demande régulièrement ce qui m’a poussé vers la pratique de cette langue si difficile. Eh bien, c’est le désir de me rapprocher des sources. Il en va comme dans le commerce : il est prudent de se passer d’intermédiaires, de traiter le plus directement possible avec le producteur. Voilà pourquoi je suis devenu sanskritiste. Et je ne l’ai jamais regretté depuis. 

Les textes. Aller aux textes. La tradition, c’est la transmission ; or la transmission, c’est la transmission à travers les textes. N’est-il pas frappant que toutes les traditions dignes de ce nom soient fondées sur des textes, des discours, des paroles, des soûtras, des aphorismes, des commentaires, des commentaires de commentaires ? Là aussi, nous retrouvons certes le phénomène d’imitation. Mais dans une forme vivante, dirai-je. 

Alors que, la spiritualité contemporaine se caractérise par l’imitation mensongère, par le plagiat. Regardez la plupart des vendeurs de méthode « quantique », « chamanique », « hydraulique » et pataphysique : ils plagient, et ils cachent soigneusement leurs sources véritables. Ainsi, le néo-yoga, le néo-tantra, le néo-advaita, le néo-vipassana, tendent à passer sous silence les sources indiennes, au motif que « c’est intellectuel ». Ben voyons. Des plagieurs, des affabulateurs, des imposteurs, des imitateurs. Au mieux. Aujourd’hui, combien d' »éveillés » pompent les textes gnostiques, mais sans le dire ? Le « Secret » est une imitation d’œuvres des années 1920. Le New Age imite la New Thought, qui elle-même imite le transcendentalisme, qui lui-même imite le romantisme, qui lui-même… D’autre plagient le dzogchen. D’autres encore, pour mieux occulter leurs sources, prétendent enseigner le shivaïsme du Cachemire, mais n’ont dans la bouche qu’une énième copie de la rhétorique new age. Ou d’une psycho-thérapie des années 70. Sans oublier tous ces clones qui s’imitent les uns les autres, à l’infini. Un jeu de miroir qui évoque les rayons d’un supermarché. 

Alors quoi ? Les textes. Revenir aux textes. Revenir à la parole, au plus près de l’acte créateur. Pour apprendre et pour se nourrir. Au reste, toute lecture n’est pas condamnée à être seulement analytique. Il y a aussi la lecture divine : lire, méditer, prier et contempler. Comme, en Inde, il y a l’écoute, la méditation et la contemplation, shravana, manana et nididhyâsana. 

Autrement dire, l’étude des textes est une méthode, et non un simple gadget anecdotique. C’est la voie traditionnelle, la voie de la transmission, la voie de la réalisation. C’est une manière de vivre, une discipline, une école de chaque jour. 

Les gens parlent de « tradition orale », « d’au-delà des concepts », etc. Mais, le plus souvent, ce ne sont là que des justifications commodes pour rester les bras ballants, dans une attitude passive, consumériste à tous égards, tels des chamallows qui se laissent dissoudre par l’humidité ambiante. 

Certes, il fait aller au-delà des textes, par-delà la lettre. Mais pour cela, il faut d’abord passer par les textes. Et surtout, une lecture « divine » nous conduit d’elle-même à son propre au-delà. Telle est la beauté de la lecture. Lire et relire. Un travail d’artisan, et non d’employé. Une œuvre d’adulte qui se tient debout, et non d’adolescent mou du genou. Une quête en compagnie, non une soirée sextoy. 

Donc, aller aux textes plutôt qu’à des livres ou à des enseignements secondaires. Et, de là, à la Source ultime. Au plus près, au plus intime. Voilà pourquoi, dans mes billets de blogs, mes livres et mes vidéos, je m’efforce d’inclure des textes, au moins des extraits. C’est la méthode que j’ai adoptée. Après plus de trente années, elle m’a convaincu, elle a fait ses preuves, elle est fiable. 

La lecture des textes, des sources primaires, est une pratique spirituelle. 

Lire ainsi et se laisser relier. Lire comme on se laisse masser. Lire comme un chasseur. Lire en entier, en restant entier, tout entier. Lire attentif à l’onction, à l’esprit, au souffle. Lire en se posant. Lire comme une rencontre. En se reposant. Lire avec attention. Lire en intégrant l’articulation des mots avec le fond cordial vibrant. Enoncer les mots sur fond de silence vivant. Constater, encore et encore, leur harmonie. En éprouver une joie sans pareil. Découvrir, approfondir. Depuis longtemps, je lis les mêmes textes. Lire, oui, mais encore plus, relire. Encore, et encore, et encore. Lire comme on respire. Cultiver. Se cultiver. Laisser les mots, les phrases, les tournures, les discours, œuvrer en nous comme des graines dans une bonne terre. 

Vivre en accord avec ce que la lecture exige de discipline, de concentration, de mémoire, de souplesse, de précision, de force intellectuelle. 

Lire est une pratique, une expérience, lire, c’est faire, c’est déjà faire, c’est faire, peut-être, ce qui est toujours déjà en train de se faire en nous. Lire, c’est écouter. Lire, c’est se taire. Lire, c’est se laisser faire. Lire, c’est apprendre à laisser faire. Lire, c’est donner du temps, de l’espace, pour un autre en nous. Lire, c’est sortir du bavardage. Lire, c’est s’exposer à des objections, des ruptures, des surprises, des défis. Lire, c’est voyager. Lire, c’est s’élever sans bouger. Le monde est un livre : Shiva est le sens, Shakti est le texte. La Nature est un livre : la lecture d’un livre me prépare à cette autre lecture. Lire m’apprend à relier, me rend sensible à tous les signes, aux paroles sans mots, aux chants animaux, derrière les activités humaines. Lire apprend à parler à propos. Lire harmonise, rétablit, guérit, guide, vivifie, repose le corps. 

Lire est tout, est cheminer vers le Tout. 



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