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Édouard Mac-Avoy et Alain Daniélou : mise en abîme du portrait d’un ami


Le peintre Mac-Avoy, connu comme le peintre des artistes et des personnalités publiques : de Picasso à Mauriac et passant par De Gaulle et Gide, nous livre dans cet entretien publié à l’occasion des 80 ans de Daniélou, un double portrait de ce dernier. Proche ami d’Alain, Édouard Mac-Avoy fit de nombreux séjours dans sa maison du Labyrinthe près de Rome où le portrait dont il est question figure encore aujourd’hui en bonne place dans la bibliothèque.

Il est intéressant dans ce témoignage de voir quelle image Mac-Avoy, fin psychologue de l’âme humaine, donne de Daniélou, mais aussi d’entendre un artiste commenter son propre travail, puisque Mac-Avoy nous décrit non seulement l’homme mais la représentation qu’il en fait et les accessoires qu’il a choisis de faire figurer à ses côtés. Daniélou et Mac-Avoy avaient fréquemment l’occasion d’échanger sur les hommes et le monde ; c’est donc aussi le portrait d’un ami qui a su apporter au peintre une perception plus élargie de l’être au monde par son expérience d’une autre culture, d’une autre religion.

L’intégralité des interviews radiophoniques peut être consultée sur le site des archives.

TRANSCRIPTION

Brigitte DELANNOY : Le peintre Édouard Mac-Avoy, portraitiste bien connu de personnages célèbres comme Picasso, Cocteau ou Mauriac ou Jean XXIII, traça un portrait énigmatique ou plutôt emblématique d’Alain Daniélou.

Édouard MAC-AVOY : On le voit à côté de son double musical tel un fantôme jouant de la Vînâ puisque c’est l’instrument hindou que lui-même a le plus pratiqué. Ensuite, on voit le regard multiforme du dieu qui voit tout de tous les sens et de tous les côtés. On y voit des diagrammes de méditation. On y voit les chakras du corps subtil, c’est-à-dire les points énergétiques du corps qui sont entre les yeux où les femmes se posent un point rouge, vous le savez, les glandes qui environnent le cou, le plexus, le nombril qui est le point originel et puis, le sexe qui est un point énergétique important.

Brigitte DELANNOY : Oui, c’est donc l’hindou Alain Daniélou que vous avez visualisé.

Édouard MAC-AVOY : Oui, bien sûr, je cherche toujours dans le personnage que j’ai incarné ce à quoi il a donné en quelque sorte sa vie. Or, Alain restera certainement comme l’un des occidentaux, sinon l’occidental qui a le mieux transmis l’Inde à l’Occident et qui l’a fait le mieux percevoir et comprendre par une expérience qui n’a pas été une seule expérience de voyage, une sorte de relation de voyage, mais une expérience intérieure, une expérience de compréhension très approfondie de la philosophie et de la religiosité hindoue.

< MUSIQUE >

Édouard MAC-AVOY : Il y a un côté aventurier dans la vie d’Alain Daniélou et un non conformisme fondamental, de famille bourgeoise bien établie, père ministre, mère qui était une sorte de fonctionnaire du catholicisme, si je puis dire,

Brigitte DELANNOY : Religieuse laïque

Édouard MAC-AVOY : Religieuse laïque et qui justement et je crois est, en partie, responsable de l’espèce d’aversion qu’il a prise pour un certain catholicisme. Il était fait pour mener une vie tout autre pour devenir cardinal comme son frère. Or, il s’est échappé dès sa prime jeunesse puisqu’il a été danseur, puisqu’il a été musicien et puis, il est parti dans ses premières aventures à partir de 1930 environ. Il est parti dans ses grandes aventures de tour du monde et puis après cela, sa fixation dans l’Inde durant plus de 25 ans d’où il a rapporté cette expérience.

Mais contrairement aux voyageurs qui relatent leur voyage, l’expérience est beaucoup plus intérieure qu’elle n’est une expérience de voyage et de pittoresque. Cela lui a été donné par le fait qu’il a pris la peine d’apprendre 19 langues de l’Inde plus le sanskrit, plus le tamoul ancien, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Et donc, il a approché des textes d’aussi près que, si je peux me le permettre, j’approche un visage.

< MUSIQUE >

Édouard MAC-AVOY : Ce qu’il m’a apporté, c’est le sentiment que la création s’opère à l’aide de trois affluents. Trois affluents qui se rencontrent et qui ne font plus qu’une même eau pour finir, c’est-à-dire l’esprit qui ordonne, qui coordonne, qui choisit, qui construit la sensibilité, le cœur – appelons-le le cœur – la sensibilité qui apporte l’afflux des sensations nécessaires puisé partout, puisé dans les visages, puisé dans les conversations, puisé dans les rencontres, puisé dans les affiches, puisé dans un personnage aperçu dans le métro, l’affluent du sensible et puis ce qu’on ignore presqu’en France, l’apport énorme du sensuel et du sexuel. Et ça, on le refoule alors que ça existe, où on n’en parle pas ce qui est absurde, et ce qui est très important dans la vie d’un créateur.

Je crois qu’il doit avoir une vie où la sensualité retenue est une grande puissance de pulsion et c’est ça que dans le shivaïsme est porté très à l’avant, et qu’on veut ignorer en France où d’ailleurs, l’affreux XVIIIème siècle que je déteste, que je hais a justement commis une sorte de malversation de la sexualité en le transformant en polissonnerie. Les Français transforment facilement en grivoiserie ce qui est grave, sérieux, profond, ce qui est une grande houle qui porte les êtres les uns vers les autres. Ils ont transformé « le verrou » de Fragonard, les dames qui montrent leur derrière de François Boucher. C’est un détournement et on n’aborde pas cette chose de face. Je fais des dessins considérés comme très érotiques mais qui sont cette sensualité-là, cette sexualité-là, que je crois très importante et qui concourt puissamment à la création. Ça fait partie, c’est presque à la base du shivaïsme.

Édouard Mac-Avoy devant le portrait qu'il a peint d'Alain Daniélou
Édouard Mac-Avoy devant le portrait qu’il a peint d’Alain Daniélou




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