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Encore mieux que le détachement : être désintéressé



 Il me vient aujourd’hui un point essentiel, mais dont il est très rarement question. On dit que l’on doit se détacher de tout. C’est vrai, et c’est possible quand on sent une plénitude, un attrait intérieur. Car s’il l’on essaie de se détacher sans cette contrepartie positive, on finira par se sentir de plus en plus frustré, jusqu’à revenir encore plus fort dans nos vieilles habitudes.

Mais il y a autre chose : la vie spirituelle exige beaucoup. Et le plus qu’elle exige, c’est que nous aimions la Présence pour elle-même. 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Quand je regarde ma vie spirituelle, je constate que j’aime les bienfaits de la Présence, ses dons en quelque sorte. Le calme, la joie, la sensation de légèreté, d’harmonie, de facilité. Et même, le plaisir, le plaisir physique de sentir, de ressentir cette « vibration » d’être, si profonde. Et ensuite, ces dons ruissèlent en cascade sur les autres dimensions de ma vie. La plénitude intérieure apporte sécurité et une sorte de confiance, une insouciance, des consolations, des compensations, un élan et une énergie. 

Or, il est clair que tout ceci peut être détourné par l’ego. Je le sais parce que j’en ai fait mille fois l’expérience. L’ego récupère cette paix, cette énergie, pour satisfaire son amour-propre, son besoin d’appropriation et de contrôle. Combien de gens ont fait carrière sur ces dons de la Présence ? Et je ne parle pas seulement des « gourous » ! Mais bien de nous tous ou de la plupart d’entre nous. Nous vivons des grâces de la Présence. Et nous aimons ces grâces, quand nous ne sommes pas totalement ingrats. 

Mais pour autant, aimons-nous la Présence pour elle-même ? Supposons qu’il n’y ait plus aucun don, plus aucune consolation, ni sensible, ni mentale ? Serions-nous encore dans l’amour de la Présence ? Non, sans doute. Notre « amour », notre attrait pour la Présence est donc une sorte de commerce. Disons les choses clairement : nous donnons de l’attention, du temps, contre l’argent des bénéfices que nous ressentons. C’est donnant-donnant. Dès que je ne reçois plus, ou moins, j’investis moins. Soyons honnêtes : pour la plupart d’entre nous, la vie spirituelle est un bizness. La Présence est une manne, un filon, nous l’exploitons pour nourrir notre égoïsme. C’est dur à entendre, mais n’est-ce pas vrai ?

Qui aime la Présence d’un amour désintéressé ? Qui l’aime gratuitement, comme elle nous aime gracieusement ? Qui l’aimerait si elle ne donnait rien ? Quel cœur est capable de l’aimer, elle-même pour elle-même, et non « je l’aime pour elle m’aime » ou « je l’aime pour moi-m’aime » ? 

Or, quel amour est-ce là, qui est intéressé, habile, prudent et comme calculé ?

On répondra peut-être qu’un tel amour désintéressé est au-delà de nos capacités, qu’il est déraisonnable de demander pareille pureté, que c’est au-delà de nos forces et que, peut-être, ça n’est pas naturel…

Mais regardez que que l’amour humain exige, ou même ce que l’amitié mondaine exige ! Ne doit-on pas la fidélité à ses amis et à ses proches, quand bien même on n’en retirerait nul profit pour soi ? Même si cet idéal est destiné à rester un idéal, n’est-ce pas là du moins l’idéal dont nous avons conscience ? Comment donc notre relation à la Présence pourrait exiger moins que cela, alors qu’elle nous donne infiniment davantage ? 

Ne pas chercher la Présence pour ses dons, mais pour elle-même. Cette direction est inévitable, même si ce breuvage nous paraît trop amer encore. Mais cela est du à notre manque de maturité. Enfant, le thé nous paraissait insipide ; aujourd’hui, nous payons pour ses subtilités. Je parie qu’il en ira de même pour notre vie spirituelle. Nous portons déjà ce pressentiment. Nous rechignons devant le vertige du sacrifice total – parce que c’est bien cela dont il s’agit – mais nous savons déjà que c’est inévitable. 

De plus, demander, calculer et vérifier, tout cela trouble notre repos, notre joie, notre délectation. Et si nous plongions les yeux fermés ? Sans attendre, sans ces demandes implicites, sans cette mendicité qui alourdit notre jouissance simple ?

Aimer le silence pour cette Présence mystérieuse, cet insaisissable « loin-proche » qui comble en s’échappant. Tel est le destin spirituel. Mieux que le détachement : le désintéressement. Nu, pur, simple, candide, confiant, intègre, ne demandant rien, accordant tout, offert comme l’enfant sur le sein de sa mère. Sans retour, sans intérêt, sans réflexion ni examen. Simple. L’amour pur. Franc et qui affranchit.



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Rédiger par Blog de David Dubois

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