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La Bhagavad Gîtâ de la Déesse



 Le livre le plus connu de l’hindouisme est la Bhagavad Gîtâ. Sur ce modèle, il existe de nombreuses gîtâs, de nombreux « chants », dont un pour Shiva.

Moins connu, il existe un équivalent pour la Déesse : La Majesté de la Déesse, Devî-mahâtmya.

A côté de ce poème fondateur, il y a la Devî-gîtâ, dans lequel il y a un chapitre plus spécialement philosophique. La Déesse y énonce ses « noms ». Or, parmi ces noms figure vimarsha, terme intraduisible qui définit la Shakti dans la grande tradition du Cachemire, et plus particulièrement dans la philosophie de la Reconnaissance, Pratyabhijnâ :

vimarśa iti tāṃ prāhuḥ śaivaśāstraviśāradāḥ /

avidyāmitare prāhurvedatattvārthacintakāḥ //

« Ceux qui connaissent l’enseignement de Shiva

l’appellent ‘vimarsha’.

Ceux qui méditent la vérité impersonnelle du veda

l’appellent ‘ignorance’. » 

(Devîgîtâ, IV, 10)

« l’enseignement de Shiva », ce sont les tantras. Le terme de vimarsha désigne la philosophie de la Reconnaissance et le maître qui l’a institué, Utpaladeva. Ce texte est donc postérieur à Utpaladeva qui a vécu au Xè siècle.

Il est intéressant de constater que ce verset met le Tantra côte à côte avec le Vedânta. Il s’ensuit que vimarsha est identifié à avidyâ, à l’ignorance. Autrement dit, la Déesse affirme qu’elle, la Shakti, est ignorance !

Au total, ce texte est intéressant, mais il est imprégné du Vedânta qui domine la scène indienne après les invasions musulmanes. Néanmoins, il y a des versets à approfondir, notamment les 11-12-13-14-15-16-17 du même chapitre, qui démontrent que la conscience est conscience de soi, réflexive, mais sans dualité. 

Au verset 13, la conscience se manifeste elle-même en manifestant les choses et les êtres, « comme une lampe » (dîpavat). Il est ensuite montré que la conscience est l’expérience même (anubhava) et que, donc, tout est conscience. Non pas la conscience comprise comme substance inerte, mais la conscience comprise comme acte pur.

Mis ensuite, le verset 16 identifie la conscience au « témoin » et repart en direction du Vedânta. 

Quoi qu’il en soit, la présence de ce point sur la conscience réflexive non-duelle est importante, car il est propre au Tantra et au Yogâcâra bouddhiste. Il est contesté par le Vedânta qui, au contraire, soutien que toute conscience de soi implique nécessairement une dualité, une séparation. D’où la conscience définie par le Vedânta qui finit par ressembler à une étrange « conscience inconsciente ». En effet, qu’est-ce qu’une conscience qui n’est pas consciente d’être consciente ? D’un autre côté, être conscient de la conscience, n’est-ce pas objectiver la conscience ?

Le Tantra affirme que non, que la pleine conscience de soi – « je suis » – n’implique nulle dualité.



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Rédiger par Blog de David Dubois

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