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Faut-il se préparer ?


Plonger en Dieu « comme des poissons dans l’eau », dit le maître de vie intérieure Martial d’Etampes.

Mais comment ?

Ne faut-il pas, d’abord, se préparer ? Se préparer en travaillant sur soi ? En adoptant un mode de vie plus sobre, une alimentation plus saine et des pratiques de purification, de concentration, comme le yoga, la méditation ou encore l’aide sociale aux plus démunis ?

Tout cela semble faire sens. D’abord se préparer à la plongée. Puis, quand on sera prêt, plonger. Vouloir plonger, n’est-ce pas présumer de ses forces ? N’est-ce pas faire preuve d’orgueil ? N’est-il pas plus humble de rester pragmatique et de commencer par travailler sur soi ?

Cela semble sonner juste. Mais, à y regarder de plus près, cela ne marchera pas. En effet, tant que je travaille sur moi, tant que je pratique, tant que je médite… je décide, je choisi mon mon moyen, à ma guise, à mon rythme, selon mon intelligence et ma volonté. Je fais des efforts pour m’élever. Or, agissant ainsi, je reste dans les limites de mon Moi humain, avec ses qualités, mais aussi avec ses limites. Je me conduis comme le Baron de Münchhausen qui voulais s’extraire d’un sable mouvant en se tirant lui-même par les cheveux. 

En outre, je nourris ainsi ce Moi humain, ce Vieil Homme, cet ego, alors que le but de la vie intérieure, spirituelle, est de fondre ce Moi dans le Moi divin, ou du moins de le mettre à l’unisson du Moi divin. Cela, nul ne le conteste. Or, comment cela serait-il possible par le moyen du Moi factice ? Ces pratiques, opérées par l’ego, ne peuvent dépasser l’ego. Ses fruits et ses effets seront toujours parfumés par l’amour-propre, par l’ego. Je ne nie pas que telle pratique ait tel effet, car la Nature suit certes ses lois infaillibles. Mais je nie que l’on puisse ainsi véritablement se libérer. L’ego ne libère pas de l’ego. Même si je progresse, relativement parlant, je demeure dans le samsâra, dans le cycle du karma. Je progresse, mais à l’intérieur du mode d’existence égotique. L’amour-propre s’insinue partout, il est infiniment subtil et souple. Même arrivé au sommet de la Nature, je reste égocentré. Le Monde ne manque pas d’exemple de cette vérité.

Et donc, tôt ou tard, il faudra s’abandonner. Car tel est notre seul et unique choix véritable, la seule « pratique » qui s’offre véritablement à nous : nous abandonner, ou pas. Nous appuyer sur nous, ou sur la source divine. Inutile de définir précisément ce que désigne cette expression de « source divine », car nous le savons, instinctivement. Il suffit de s’abandonner, de s’orienter intérieurement, de tout son être, vers la source intérieure, vers la vibration du cœur, vers le centre, vers le « je suis », vers la sensation d’être la plus profonde, comme on se laisser tomber dans les bras d’un être aimé, en qui l’on a toute confiance.

Mais l’ego ne peut-il récupérer et s’approprier ce ressenti ? Sans doute, oui. Mais peu importe. Pourquoi ? Parce qu’alors, ça n’est plus mon affaire. J’abandonne l’œuvre à accomplir à une autre force, plus grande, plus sage, une vie plus vivante, une lumière plus éclatante, même si je ne peux la concevoir clairement. Toute mon œuvre est de me tourner vers cette source mystérieuse, de m’abandonner en confiance. En confiance, plutôt qu’en conscience. Je me laisse faire. Pas par n’importe quoi ; par l’être suprême, au-delà de toute idée, de toute image.

Ceci n’interdit pas de pratiquer le yoga ou la méditation, ou la danse ou de se faire nonne, si cela coule de source. Mais le point est de donner la priorité à l’intérieur. Je ne vis pas, je ne décide pas. Je laisse vivre à travers moi, je me fais vitrail limpide pour la lumière. Je la laisse me purifier, me guider. D’instant en instant, je vis sans savoir ce que sera le prochain instant. Je ne me contente pas d’une croyance générale « tout est parfait ». Non, je m’abandonne du fond de l’être au fond de l’être. Je ne suis plus. Autre chose est. Qui a toujours veillé, mais qui désormais passe au premier plan. Tout dépend de cette hiérarchie.

D’ordinaire, je décide quoi faire. Et du coup, tout tourne mal. Désormais, je laisse cette source décider, sans savoir ce qui va en sortir. Et je constate que le mal tourne en bien. Je me tourne simplement vers cette source. Et je laisse le reste suivre. 

L’inversion des valeurs cesse. Le Moi ne disparaît pas, mais il s’abandonne au Moi véritable. Telle est la pratique centrale, la seule véritable. Et la meilleure préparation à cette pratique est cette pratique même. Le moyen est divin. Et toutes les voies convergent dans cet acte simple de se tourner vers cette vibration intime, vers cette parole simple : « je suis ». 

Toutefois, il n’y a pas à se forcer. Si je peux donner toute mon énergie à faire des séries de postures ou des rituels, alors je ne suis pas amoureux. Ca n’est pas une question de préparation. Ce sont juste les jeux de l’amour. Si je peux encore pratiquer autre chose que la plongée en silence, c’est que l’amour ne s’est pas encore éveillé. Je ne peux rien forcer. Le jour où l’amour se réveillera, je ne pourrai plus réciter d’autre mantra que « je suis ». Je ne pourrai plus faire de posture par moi, par ma seule volonté, car toute ma volonté sera absorbée dans sa source, dans le pur élan d’être. Juste, ne pas résister, s’ouvrir à ce possible, à ce miracle.

Le meilleur moyen est la fin.



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