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Mâlinîvârttika 13-14 : Shiva et les tantras




ye ‘harni?a? prak??ante sarvasya ca na gocare /

numo ‘bhinavagupt??s t?ñ ?ivacandr???usa?cay?n // 13

« Nous rendons hommage jour et nuit

aux rayons de la Lune de Shiva

qui brillent, (mais) qui ne sont (pourtant) pas du domaine de tous,

(et qui) sont (donc à la fois) « toujours nouveaux » (abhinava) et « cachés » (gupta). »

jayanti jagad?nandavipak?ak?apa?ak?am?? /

parame?amukhodbh?tajñ?nacandramar?caya? // 14

(Premier verset de la Déesse-alphabet 🙂

« Les rayons de la Lune de la connaissance

émanent de la face du Seigneur suprême,

habiles à détruire les obstacles à cette félicité qu’est le monde :

gloire à eux ! »

Abhinava Goupta, Mâlinîvârttikam

_________________________________

Le maître rend maintenant hommage à Dieu, afin que nous tous lui rendions hommage – afin que Dieu, la Conscience – se rende hommage, de sa forme contractée en sa forme épanouie. 

Rendre hommage, c’est 1) se faire humble, se reconnaître inférieur et 2) reconnaître la supériorité de ce devant quoi l’on s’incline. Nous avons, dans ces deux versets, ces deux aspects, puis que nous avons d’abord l’hommage (numah, l’humilité), puis la gloire (jayanti, la supériorité). Selon le Tantra, cet hommage consiste à immerger notre corps, nos sensations, notre pensée et jusqu’à notre inconscience, dans la Conscience « je suis je » (aham aham), la pleine conscience, la Conscience universelle.

Les « rayons de la Lune » sont tous les phénomènes. Mais ici, ce sont aussi les tantras, fragments du Tantra, de la connaissance divine primordiale, c’est-à-dire de la conscience parfaite que la Conscience a d’elle-même.

Ces tantras s’écoulent à travers cinq ou six « faces » qui sont différents aspects de l’Être (Shiva) ou de la Conscience (Shakti). Dieu et Déesse étant deux faces inséparables de la même pièce. Et je rappelle que, selon le Tantra, Shiva n’est pas la conscience immobile face à Shakti qui serait « l’énergie » en mouvement. Ceci est la doctrine du Sâmkhya, non celle du Tantra. 

Le but de cette Lumière des tantras est de détruire ce qui fait obstacle à la Lumière, à la reconnaissance que « le monde est félicité ». Le monde n’est pas une illusion inexplicable, comme dans le Vedânta. Il est la félicité qui est la Conscience même, car tout est conscience. « L’obstacle », c’est le monde dans la mesure où il n’est pas encore reconnu pour ce qu’il est. La conscience se fait obstacle à elle-même. Elle s’égare dans ses propres pouvoirs. Mais, une fois reconnus, ces « pouvoirs » (le corps, le souffle, le mental, etc.) deviennent les « alliés » de la conscience, de l’éveil, ils redeviennent ses pouvoirs (shaktis), ses « rayons de Lune ». Tout est conscience, expansion de conscience. 

Enfin, la Conscience est évidente, cette Lumière est évidente. Ce qui revient à dire que la conscience se connaît elle-même par elle-même. Elle n’a pas besoin du corps, du souffle ou du mental ou d’un instrument extérieur. Elle est « à elle-même sa propre preuve », car quand quelque chose « brille », fut-ce le sommeil profond, alors elle brille, car elle est la Lumière qui s’illustre en toute chose. De plus, rien ne peut lui faire obstacle, car si sa Lumière était occultée par une chose, cette chose ne pourrait alors « briller », apparaître. C’est le point essentiel, l’éveil fondamental. Et ainsi la Conscience irradie sans cesse « nouvelle » (abhinava), fraîche, jeune, neuve, sans âge, limpide, immaculée.

En même temps, elle est aussi « cachée » (gupta), elle n’est « pas du domaine de tous » (na sarvasya gocare), car elle est douée d’un pouvoir mystérieux nommé « attention » (apoha-shakti) qui lui permet d’oublier, de négliger, alors même qu’elle brille. Par exemple, je peux me concentrer sur un objet et faire comme si le reste n’existait pas. Eh bien, c’est là ce mystérieux pouvoir que l’on nomme aussi Mâyâ, Magie. Et comme on voit, ce pouvoir est omniprésent dans la vie quotidienne. Voilà pourquoi, même si la Conscience brille toujours, elle doit faire effort pour s’éveiller. La Conscience, en effet, n’est pas toute d’un bloc, car alors il n’y aurait certes rien à faire, mais rien n’existerait, il n’y aurait ni monde, ni rien. Or, il y a un monde, car la conscience n’est pas « statique » : elle a des pouvoirs, elle est pouvoir. Et l’un de ces pouvoirs est le pouvoir d’attention. Pour se réveiller, la Conscience individuelle (=contractée) doit donc faire attention, se retourner vers elle-même, plonger en sa source et ainsi s’ouvrir, entrer à nouveau en expansion, se mettre à l’unisson de la Conscience universelle dont elle n’est certes jamais réellement séparée.

La suite du texte est largement une explication de ce premier verset du Tantra de la Déesse-alphabet.

iti shivam



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