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La volupté divine


Dans la tradition du Cœur-Corps (kula en langue sanskrite) qui est la principale tradition du féminin sacré (shâkta) dans le Tantra, l’union rituelle est « le sacrifice primordial », âdi-yâga, le premier geste de restauration, l’initiation de tous les autres, la source du sacré en toutes choses.

Outre l’union sexuelle, cette cérémonie comprend nourriture et boisson.

Dans le passage suivant, Rilke chante cette même vérité dans la langue de Platon. Il dit l’enseignement imparti jadis par une prêtresse de l’amour au jeune Socrate :

« La volupté corporelle est expérience sensuelle, 

non autrement que le pur regard ou la pure sensation dont par un beau fruit la langue est comblée ; 

c’est une expérience grande, infinie, 

qui nous est donnée, 

un savoir du monde, 

la plénitude et l’éclat de tout savoir.

L’accueillir n’est pas ce qui est mauvais ; 

il est mauvais que presque tous usent mal de cette expérience, 

la gâchent, et en fassent un excitant pour les moments de fatigue de leur vie, 

et une dispersion plutôt qu’une concentration 

vers les sommets.

Du manger aussi, les hommes ont fait autre chose : 

misère d’un côté, surabondance de l’autre, 

ils ont oublié la clarté de cette nécessité, 

et sont devenus également troubles 

tous les besoins profonds et simples 

en lesquels la vie se renouvelle.

Mais l’individu seul peut les éclaircir pour lui-même, 

et les vivre dans la clarté (et si ce n’est pas l’individu, 

qui est trop dépendant, ce sera en tous cas le solitaire !). 

Il peut se rappeler que toute beauté, 

dans les animaux et les plantes est, 

sous une forme qui dure silencieusement, 

amour et désir ; 

il peut voir l’animal, 

tout comme il voit la plante, 

s’unir, 

se multiplier et croître patiemment et docilement, 

non par plaisir physique, 

ni par souffrance physique, 

mais en se pliant à des nécessités 

qui sont plus grandes que le plaisir et la souffrance, 

et plus puissantes que la volonté et la résistance.

Oh, si l’homme pouvait accueillir avec plus d’humilité l

e secret dont la terre est pleine 

jusque dans ses plus petites choses, 

s’il pouvait le porter, 

le supporter avec plus de sérieux, 

et sentir son poids terrible, au lieu de le prendre à la légère ! 

S’il savait respecter sa fécondité, qui est une, 

que sont apparence soit spirituelle ou corporelle ; 

car la création spirituelle provient elle aussi 

de la création physique, 

elle est de la même essence, 

elle est simplement comme la répétition plus silencieuse, 

plus extasiée, 

plus éternelle, 

de la volupté de la chair. »

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, IV

Ainsi, le secret de l’amour est le désir ; et le secret du désir est l’infini.

Au-delà de l’élan reproducteur, forme d’immortalité imparfaite évoquée par Rilke, l’amour est élan vers l’infini, tension et nostalgie d’un passé atemporel qui ne pourra s’accomplir que dans l’intégration du fini, du mortel, du personnel.

La « nécessité » est l’instinct de reproduction. Loi d’airain de la nature, cette nécessité est la liberté divine. Nous mettre à l’unisson de cette loi revient donc à s’accorder à la volonté divine, qui est divine. D’où la plénitude éprouvée.



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