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L’art du plaisir


(Metzmacher)

Et si le plaisir était une porte vers l’éveil spirituel ?

Il est vrai que le plaisir nous rapproche du corps. Il semble renforcer l’identification au corps, cause principale de la souffrance.

 Le Tantra enseigne une autre voie.

Abhinava Gupta, le principal maître du Tantra, explique : 

« Tout plaisir n’est qu’une goutte de l’océan de félicité – Dieu. » 

Je résume la suite : Dans le plaisir, je me plonge donc vers cette source océanique. 

Voilà pourquoi le gourmet déguste son vin d’une manière bien différente du glouton ! Il se délecte, il savoure, il goûte, il apprécie. Il prends son temps, non pour parvenir à une forme de contrôle, mais pour jouir plus profondément, pour laisser les saveurs éclater. Telle est la Shakti divine : émerveillement, délectation, appréciation. Elle ou il prend le temps de laisser la boisson se répandre jusqu’au fond de son être, jusqu’aux ailes de son âme. Il devient délectation, jouissance pure. L’objet matériel, extérieur, passe au second plan. 

Si il ou elle jouit d’un autre partenaire, alors c’est la personne de cet autre qui est ressentie et reconnue comme identique à soi, en une fusion où le Soi et l’Autre s’inversent comme un gant retourné. L’intérieur se déverse dans l’extérieur et l’extérieur est offert à l’intérieur. L’Autre est reconnu comme Soi. Le corps de l’autre n’est plus un objet parmi d’autres, il se révèle comme pure conscience, pure jouissance. Telle est la non-dualité. 

L’indifférence ordinaire disparaît alors dans le feu du plaisir. Car le plaisir est l’absolu. Pour le gourmet comme pour le yogi ou la yoginî, le plaisir est le centre, le cœur divin dans lequel on aspire à s’absorber. L’éveil n’est pas indifférence, mais repos débordant d’énergie, sensibilité extrême. La générosité qui s’ensuit ne naît pas d’un replis, mais d’une expansion du Moi, du corps, du plaisir, du cœur, qui sont une seule et même ébullition. (Vivritivimarshinî, II, p. 178) 

Pour que ce plaisir explose en félicité divine universelle, certains obstacles doivent être écartés, dit Abhinavagupta : l’obstacle principal est l’obsession de l’efficacité, du gain pratique. La posture commerciale, laborieuse, tournée vers un résultat, est la pire ennemie de la posture divine, céleste, créatrice et non esclave. Ainsi la vision de l’employé, petit, contracté, servile, s’oppose radicalement à celle de l’aristocrate, libre, créateur, jouisseur, généreux. 

Voilà pourquoi le Tantra et l’Art sont inséparables : les deux nous initient à une vision d’abandon, et donc de générosité, de magnanimité, de grandeur d’âme, de noblesse, de large altitude, bien au-dessus de la foule tâcheronne. Il ne s’agit pas de réfréner les fruits de la nature, mais de goûter en roi ou en reine, en guerrier ou en amazone, et non est esclave, servile jusque dans sa jouissance. Car les tempéraments dominés sont esclaves dans leur travail et jusque dans leur loisir. Même libres, ils restent prisonniers. Ils ne gagnent que pour perdre, ils « gagnent leur vie » en la perdant, même quand ils pourraient en jouir. Telle est l’interprétation tantrique de la maxime de la Bhagavad Gîtâ : « N’agis pas pour le résultat de l’action ».

Alors le plaisir se révèle comme élan divin, de l’Un vers l’Un, passant par chaque individu, par chaque unique. Le plaisir est repos en soi, dans le Soi volcanique, magma en ébullition quand bien même il n’est pas en éruption. Alors, non seulement le plaisir, mais les neufs émotions fondamentales, deviennent neuf pouvoirs, neuf Shaktis autour du couple primordial, danse coronale et couronnement de toutes les motions d’une âme. 

L’absolu est émerveillement (camatkâra), 

étonnement d’être (vismaya), 

délectation dans l’extase créatrice (rasanâ), 

jouissance nonchalante (bhunjâna), 

sensibilité du cœur (sahridayatâ), 

mastication attentive (carvanâ), 

dévotion (bhakti), félicité suprême (paramânanda), 

félicité du monde (jagadânanda), 

liberté en cette vie même (jîvanmukti). 

C’est un état de frémissement de toutes les énergies de l’être, une célébration gratuite, une expansion de soi (svâtmaprathâ) qui consume jusqu’aux traces de toute angoisse.



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