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Le monde est-il forcément imparfait ?


 

« Il n’y a pas de bien sans mal » : une phrase qui nous vient quand on essaie de réconcilier la beauté que l’on voit dans le monde avec la cruauté qui se montre partout dans la nature. 

Du mal. Oui, mais quel mal ? Pour préciser, on répond que la mort est « nécessaire » à la vie, pour permettre au Grand Cycle de se perpétuer. Imaginez un monde surpeuplé de tous les êtres vivants ! Ce serait l’enfer, impossible…

Il me semble qu’au niveau des concepts, en effet, il est difficile de donner un sens à un terme sans son opposé. La gauche est à gauche par rapport à la droite, et ainsi de suite. 

Mais au niveau de la réalité même, je ne vois pas en quoi toute la cruauté que la vie nous montre serait nécessaire. La mort, oui. Admettons. Mais la mort aurait pu être une mort douce, paisible, en fin de vie. Or, la mort est, très souvent, brutale, cruelle et parfois pleine d’imagination dans les raffinements de souffrance qu’elle offre. Des parents dévorent leurs enfants, des parents se font dévorer par leurs enfants – les exemples ne manquent pas. La nature offre une inspiration inépuisable aux psychopathes.

Evidemment, on peut choisir de voir dans cette souffrance un « imaginaire » ou des « projections » sans réalité. Le « mal » ne serait qu’une construction sans correspondance avec « ce qui est ». Mais faire ce choix, c’est choisir de mépriser l’intuition qui nous crie que, quand des chimpanzés s’entretuent, c’est mal. « Mal », cela veut dire que, sans avoir besoin de réfléchir, nous sentons que ce fait blesse notre sens du bien, ce sens inné du bien. Ce n’est pas imaginaire.

Alors faut-il nier notre besoin de bonté pour nous réconcilier avec « ce qui est » ? Mais ce choix n’est-il pas justement celui de toutes les compromissions ? « L’esclavage, bah… ça a toujours existé, vous savez… Donc, que voulez-vous… » Et pareil pour les viols, la torture et même le totalitarisme, les dérives autoritaires, les tourments de la bureaucratie et toute forme d’injustice. Faut-il se résigner pour avoir la paix ? C’est une tentation, une sorte de Syndrome de Stockholm. 

Je me retrouve face à une contradiction : D’un côté, cette intuition du bien, du juste, du beau, avec toute cette beauté que je vois dans le monde et dans l’intérieur ; De l’autre côté, le mal, la souffrance, un monde imparfait en lui-même. Non pas simplement incomplet, mais comme vicié, habité par le mal, comme si ce mal faisait partie de la fabrique du monde.

Y-a-t-il une explication ?

Une réponse est de dire que le monde est forcément imparfait, car « il n’y a pas de bien sans mal ». Le seul bien pur serait alors dans le Non-manifesté, avant la manifestation ou au-delà. Mais il serait vain de chercher la perfection dans le monde qui, par définition, comporte de l’imperfection. 

Si l’on accepte cela, on peut alors se résigner et trouver une paix. Mais à quel prix ? J’essaierai alors de faire au mieux en ce monde, tout en sachant que le monde est imparfait, qu’il est « ce qui est », et ainsi de suite. En faisant cela j’étouffe mon intuition du bien qui me dit, sans que je puisse la faire taire, que le monde pourrait être autrement. Qu’il devrait être autrement.

Une autre réponse est de dire que le monde n’est qu’une version de ce qu’il pourrait être. Certes, il y a un Non-manifesté. Mais il y a plusieurs manifestations : Il y a une manifestation qui reflète le Non-manifesté et il y a une manifestation qui pervertit, qui trahit le Non-manifesté. La manifestation est comme un portrait. Or, un portrait peut être fidèle. Il peut aussi être trompeur. 

Dans ce dernier cas, je pourrais dire que le monde est une version pervertie de sa Source. Une version viciée, pour une raison que je ne connais pas encore. Mais je sens qu’il y a quelque chose qui cloche. L’alternative entre Non-manifesté et manifestation est un faux dilemme. Le vrai choix est entre une manifestation belle et bonne qui exprime parfaitement le Beau et Bon, et une manifestation qui comporte du beau et du bon, mais qui n’est qu’une imitation, un pâle reflet, une version pervertie de la manifestation parfaite, originelle.

Quand je vis cette contradiction profonde, intime, et que je choisis de ne pas l’étouffer par la résignation, alors je vois qu’il y a deux grandes visions : L’une, selon laquelle il n’y a pas de perfection à trouver en ce monde, mais seulement dans le Non-manifesté ; Et une autre, selon laquelle une version parfaite de la manifestation est possible. Elle est notre vocation. Elle nous appelle. 

Et si elle est possible, alors mon intuition du bien fait sens, elle n’est pas « imaginaire ». En me donnant à l’intuition du bien, ramener la manifestation vers le bien ; peut-être aller vers une autre manifestation après la mort, ou bien après la fin d’un cycle de cette manifestation. Un Nouvel Âge. Une aube neuve. 

Ainsi, nos tribulations auraient un sens, oui. Il y a un Non-manifesté parfait. Mais il y a aussi une évolution de la manifestation vers une manifestation plus parfaite, de plus en plus fidèle à son original, à sa source. Et donc, je ne vois pas de raison de se résigner face au mal. 

En revanche, je découvre le Non-manifesté en moi. Et cela m’aide. Et cela peut m’aider à aider ou, du moins, à faire moins de mal. Célébrer, à ma mesure, le Beau et Bon. Cela élargit l’âme, sans toutefois l’enfermer dans la résignation. Il y a un Bien qui est tout en tout. Cela donne une paix. Mais sans la résignation. Il y a une lumière qui brille sur ce monde. Mais cela n’implique pas du tout d’accepter qu’il n’y a « pas de bien sans mal ». Le mal n’est pas acceptable. Ce qui est mauvais est mauvais. Mais il y a le Bien, au-delà. Cela ne donne pas l’indifférence, mais la paix. La paix pour faire ce qui doit être fait. Non une paix par déni, mais une paix qui vient d’au-delà. Cette paix ne supprime pas le mal, mais elle aide à le supporter et à le combattre.

Le monde n’est pas forcément imparfait. Il n’y a pas que ce monde. D’autres mondes sont possibles. D’autres auraient été possibles. La soumission à « ce qui est », si souvent prise pour de la sagesse, est folie, folie d’aveuglement. Pour répondre à nos conflits intérieurs profonds, il ne faut pas nier quelque chose, mais chercher une réponse de bon sens. Ne faisons pas comme le renard de la fable, qui déclare que les raisins ne sont pas bons, parce qu’il réalise qu’il ne peut les attraper. Tournons-nous plutôt vers des réponses complètes, qui ne coûtent pas la lucidité. Des réponses, peut-être, inspirées par ce je-ne-sais-quoi qui nous fait vivre malgré les imperfections de ce monde.



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