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Le secret de l’éveil



Qu’est-ce qui fait la différence entre l’état de silence intérieur où tout semble transparent, baigné de lumière, et l’état ordinaire, parasité de bruits, encombré de tensions vaines ?

L’attention. 

Le Tantra invite donc à un surcroît d’attention. Il s’agit de chercher (carcâ), d’examiner (vicâra), de regarder de plus près (anveshanâ), de se familiariser avec (parishîlana) notre essence, avec l’expérience, afin de reconnaître en elle le divin.

Cependant, ces termes pourraient suggérer une recherche exclusivement discursive. Il n’en est rien. Il s’agit d’une attention directe, muette pour le principal, qui plonge dans l’attention silencieuse, sans nécessairement chercher une réponse verbale.

Kshemarâja décrit ainsi cette quête spirituelle :

sadvimar?abalenaiva? nitya? ya? pari??late /
sa mukta? sarvabandhebhyo nity?nandamayo bhavet // 21 //
« Qui se familiarise sans cesse (avec l’expérience)
par la force de la conscience véritable,
celui-là est délivré de tous les liens,
il en viendra à déborder d’une félicité perpétuelle. »


cidvahnir grasate so ‘ya? suprabuddho ‘sty asau yad? /
tad?sau vimalo jñeyam cidvahni? sarvabhak?aka? // 22 //
« Le feu de la conscience dévore (tout combustible) ;
quand il est bien éveillé,
que ce feu conscient immaculé,
dévore tout les objets. »


etadbalena sa?yukto yog? nirv??alak?a?a? /
pada? pr?pnoti vimala? so ‘cir?n n?tra sa??aya? // 23 //
« Recueilli, le yogî
atteint le Nirvâna.
Il atteint sans délai l’état immaculé,
il n’y a aucun doute à ce sujet ! »


cidvahnir balal?bhe ‘pi vi?vam ?bh?ti cinmayam /
sv?nand?m?takallolam etad ucchalita? bahi? // 24 //
« Même quand le feu de la conscience a (re)trouvé sa force,
il manifeste toutes choses comme pleines de conscience,
vague du nectar de félicité innée
qui déborde à l’extérieur (aussi) ».


tad eva ?y?nat?? y?ta? bh?var?pair vibh?vyate /
sv?tm? mahe?varo deva? kr??ate parame?vara? // 25 //
« Et c’est cela  qui se cristallise
et c’est cela que l’on considère comme étant l’essence des choses.
Notre Soi est le Maître des maîtres :
Dieu joue ainsi, souverain suprême. »

(Le Jeu de la conscience, Bodhavilâsa, attribué à Kshemarâja)

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L’idée est que tout est conscience de soi. Il n’y a pas dualité du sujet et de l’objet. L’objet (=le monde) est le sujet se percevant soi-même. Mais dans le cas de l’expérience ordinaire,  cette expérience de soi est méconnue : elle est prise pour l’expérience d’une réalité étrangère. Je crois que cette table existe, indépendamment de la conscience que j’en ai. Cependant, même dans ce cas, le « feu de la conscience » continue de brûler, car sans cela il n’y aurait aucune expérience, même incomplète ou déformée. Le feu couve sous la cendre et continue, à un régime certes faible, à consumer son combustible, c’est-à-dire les choses, mais seulement partiellement. 

La conscience, en prenant conscience de ce qui se présente, devrait réaliser qu’elle est toujours tout, sans laisser aucune trace, comme un feu qui brûle parfaitement ou comme une digestion idéale. Mais dans l’état ordinaire, ce pouvoir est comme endormi. Il y a donc des restes, des reliquats, des déchets. La combustion est incomplète, la conscience est incomplète. Or, ces déchets sont les semences des objets à venir. Tant que tout n’a pas été digéré, immergé et consumé dans le feu de la conscience, cela réapparaît. Doutes, questionnements, hésitations, craintes, scrupules, tensions, tout cela réapparaît jusqu’à réintégration complète.

Cependant, l’univers ne disparaît pas pour autant. Seuls les dissonances cognitives, pourrait-on dire, disparaissent. Mais les choses elles-mêmes apparaissent, encore et encore. Seulement, elles sont désormais pensées et perçues comme étant conscience. Conscience, donc félicité. Ce ne sont plus des objets étrangers qui s’imposent, mais un « jeu » gratuit, sans poids, sans tensions. Une extase sans fin. Tout est manifesté à chaque instant, tout est repris à chaque instant, comme un feu qui consume tout. C’est un cycle :  l’eau de la conscience se fait glace, puis fond et retrouve son état liquide. Tout baigne dans le nectar de la félicité innée.

Tout le secret donc, repose dans ce surcroit de conscience. Plus précisément, dans cette augmentations de l’intensité, éveil au silence vibrant, d’abord entre deux pensées, puis lors des pensées elles-mêmes.



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Rédiger par Blog de David Dubois

La Vache cosmique, blog philosophie de David Dubois

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