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Le vide ne suffit pas


 Les méthodes de méditation ont un défaut essentiel : elles font le vide et, par là-même, elles manquent le plein.

Je m’explique : bien sûr, la méditation ne consiste pas à réprimer bêtement les pensées, à « faire le vide » par la force seule. A ce propos, je crois que cette tendance est aujourd’hui exagérée. On nie toute force à l’esprit, de même que l’esprit du temps renie toute virilité… Mais c’est une autre question. 

Quoiqu’il en soit, même si un vide se fait sans supprimer les pensées, les paroles intérieures, eh bien il y manque l’essentiel. Dans ce vide, dans ce silence simple, je goûte certes une nouvelle manière de vivre, avec de nombreux bienfaits. Une vie en « pleine conscience », plus lente, posée, centrée, équilibrée, unifiée. Les effets sont analogues à ceux du jeûne. 

Malgré ces avantages, l’expérience de cette « hygiène » m’a amené à remettre en question la croyance selon laquelle cet état de méditation serait le remède à tous nos mots. En effet, même si cet état est un « non-état » sans intention, sans tension, ouvert et sans point d’appui, même s’il est une présente transparente et semblable à l’espace, il n’apporte qu’une paix provisoire. Certes, cette paix est profonde, elle laisse des marques dans l’âme, elle laisse entrevoir des possibilités inimaginables pour des corps et des esprits agités. Mais cette approche n’en reste pas moins essentiellement limitée.

Pourquoi ? Parce qu’elle s’appuie sur nos propres forces uniquement : il s’agit de faire attention, d’être vigilant. Mais que se passe-t-il quand l’attention se fatigue ? Car c’est inévitable : l’attention s’épuise vite. Et alors, cet état de paix disparaît. Même si l’on se dit que cette disparition n’est pas réelle, la paix s’échappe, c’est indéniable. 

Il y a un vide, il y a une paix sensible, ressentie dans le corps, dans l’âme et dans l’esprit. C’est vrai. Mais je dis que cela n’est pas la vraie paix. Aucune paix de conscience, de connaissance, de vigilance, n’est la vraie paix, même simple, même si elle est plus que les pensées, même si elle est « non-duelle ». Il y a en elle la saveur extraordinaire d’un dégagement soudain de tout. Comme si l’on avait passé la barre des nuages pour surgir dans l’immensité bleue. C’est étonnant et vertigineux, par contraste avec la confusion ordinaire. Mais ça n’est pas la vraie paix.

Mais alors, comment trouver la vraie paix ? La vraie paix n’est pas impersonnelle. Elle n’est pas une énergie. Elle n’est pas un vide inerte, isolé, pareil à l’espace. La vraie paix découle d’autre chose. D’une présence personnelle. D’une rencontre. A laquelle je peux répondre mais dont je n’ai pas l’initiative. Le mystère d’un amour reçu, d’un appel lancé et entendu. Et quand j’y réponds, certes un silence s’installe, une paix. Mais ce vide est la conséquence de cette rencontre qui saisit tout mon être, comme fasciné par une vie, un être, un infini vivant qui se donne et qui appelle en retour un abandon total de tout soi. 

Le vide est la scène ; il n’est pas la pièce. Il n’est pas le soleil qui se lève dans le ciel. C’est ce soleil qui importe, non le ciel. C’est la rencontre intérieure qui importe, non le vide.

Le vide peut découler de cette rencontre intérieure, invisible. Plusieurs sortes de vides, même. Des vides vigilants, des vides éveillés, des vides obscurs, des vides de repos dans un demi-sommeil.  Toute la gamme des vides, en fait. Mais ces vides sont bien différents. Ils ne sont pas le produit de mon effort seul. Ils résultent plutôt de mon accord avec cette présence d’amour qui surgit d’elle-même, qu’aucun effort ne peut engendrer. Et du coup, la saveur de ces vides, mêmes de sommeil, est très différente.

Dans la première approche, je cherche le vide et je m’y arrête. Dans la seconde, une présence me trouve et je m’y abandonne. Et alors un silence se fait, comme en un accord profond, une communion de silence nécessaire. Mais ce silence n’est pas cherché. Ce qui est cherché est bien au-delà du silence, du vide, ou de quoi que ce soit. 

Alors oui, le vide fait du bien à notre nature épuisée, tourmentée par les aléas et les excès. Mais la vie intérieure, c’est autre chose. Bien autre chose. 

Je ne dis pas qu’un certain effort est nécessaire, mais c’est un effort pour s’ouvrir et s’abandonner ce mystère, non pour veiller sur un état ou une présence impersonnelle. La rencontre personnelle d’une sorte de présence personnelle. Personnelle, car vivante et aimante. C’est très, très différent. D’un autre ordre. Dès lors, le vide ne suffit pas. Il peut même devenir une impasse. Ce vide est une chose, non une personne. Il n’est pas amoureux. Voilà pourquoi il ne suffit pas et pourquoi jamais aucune expérience « non-duelle » ou impersonnelle ou de « ce qui est » ne me comblera jamais, ni moi ni personne d’autre.



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Rédiger par Blog de David Dubois

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