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L’éveil spontané dans le Tantra


 


Selon Abhinavagupta, le maître le plus important du Tantra traditionnel, il est possible que la Conscience universelle s’éveille d’elle-même en n’importe quel individu. Pourquoi ? Parce que la Conscience est liberté qui ne dépend de rien ni de personne. Parfois, elle joue à dépendre d’un maître et de méthodes variées. Parfois, elle se réveille spontanément. En réalité, l’éveil ne dépend que de la conscience elle-même. D’ailleurs en sanskrit, « éveil » et « conscience » sont un même mot, bodha qui a donné aussi buddha, le Bouddha. Et comme, de plus, tout est conscience, tout ce dont la conscience individuelle pourrait dépendre est aussi conscience. Si je m’appuie sur une méthode comme les postures ou le souffle, c’est aussi conscience, car tout est conscience comme nous l’enseigne l’expérience.

Il y a donc deux sortes de disciples, explique, Abhinava (Tantrâloka XIII, 134) : celui qui est son propre maître et celui qui est seulement disciple d’un autre, sachant toutefois que cette séparation entre « soi » et « autrui », si elle est réelle, n’est pas la réalité absolue. En fait, tout dépend de la conscience qui joue librement à s’aliéner ou à se libérer. Si la conscience s’identifie fortement au corps, alors elle dépendra d’une méthode corporelle. Si elle s’éprouve très fortement en tant que « je suis je », alors elle ne dépendra de rien, d’aucune de ses manifestations. Rappelons au passage que l’identification au corps n’est pas un défaut, mais la manifestation du pouvoir souverain, de la Shakti, inhérent à la conscience, au Soi, etc. L’éveil, c’est l’immersion du corps dans la conscience.

En outre, il existe une infinité de degrés entre ces extrêmes. Et l’éveil spontané n’exclut pas l’étude auprès de divers maîtres et traditions. Même si l’éveil spontané est une possibilité reconnue par la tradition, il ne faut jamais rejeter la tradition. En fait, tout est inclus dans la tradition. Même si l’on est « éveillé » (ce qui comprend de nombreux degrés), on peut encore apprendre d’un maître, de l’enseignement, ou encore de la raison fondée sur l’enseignement (yukti). Par exemple, il est possible, dit Abhinava, que je m’éveille, mais que mon intuition ne soit pas assez forte pour rester stable et vivante à travers les aléas de la vie. J’ai donc besoin de pratiquer diverses méthodes pour nourrir cette intuition encore immature et fragile. Le Tantra ne pose donc pas d’opposition rigide entre « voie graduelle » et « voie directe ». Comme l’explique Abhinava au chapitre IV du Tantrâloka, tout est possible. 

Toutefois, c’est la liberté qui doit prédominer toujours, car la liberté, svâtantrya, est l’attribut principal du divin qui est l’essence de tout et de chacun. Le rôle du maître et des méthodes, comme la répétition d’un Mantra, est de renforcer une intuition déjà présente, un pressentiment qui a seulement besoin de grandir. Il est donc possible, selon le Tantra, d’être « initié » sans cérémonie, de comprendre intuitivement, de pratiquer guidé seulement par la force de l’intuition, d’être éveillé sans suivre de règles, etc. Mais encore une fois, cela n’implique pas mépris de la tradition, ni de mégalomanie du genre « oh, je n’ai pas envie, je suis au-delà des conditionnements, je sais déjà », bref, cette rhétorique newage dans un Marché mondialisé coupé de toute tradition. 

Par conséquent, l’éveil spontané fait partie intégrante de la tradition. Elle ne saurait donc être interrompue par les aléas de l’Histoire. Selon Abhinava, la tradition est la manifestation du réveil de la conscience absolument libre. Elle est donc invincible. Elle ne dépend pas de causes et de conditions, elle est indépendante des circonstance. Elle ne dépend pas de la continuité d’une lignée, car la véritable lignée, dit Abhinava, c’est la continuité de la conscience toujours présente, qui n’est pas confinée à un moment ou à un lieu délimité. Elle ne dépend de rien, tout dépend d’elle. Le Tantra ne peut donc disparaître. Le Tantra n’est pas un folklore, mais la réalisation éternelle, la parfaite conscience de soi qui ne cesse jamais, sans quoi tout cesserait. Puissions nous ne pas l’oublier.



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