dans

Méditation gnostique



 

L’Evangile de la vérité décrit notre monde, imitation de la Plénitude, mais engendrée par une entité jalouse du vrai Père et de la Mère véritable :

« Ainsi était-on dans l’ignorance du Père, puisqu’il est celui qu’on ne pouvait pas voir ». 

La Source invisible, en effet, est au-delà de l’entendement et du langage. A la faveur de cette transcendance, le faux Dieu, l’usurpateur, a pu créer son illusion, véritable prison pareille à un cauchemar :

« Parce qu’il y avait de l’angoisse, du désarroi, instabilité, indécision et division, il en résultait maintes illusions, opérantes à cause de cela, ainsi que de vaines désinformations. 

Tout comme si des gens s’éteint endormis et s’étaient retrouvés au milieu de rêves déroutants – ou il y a quelque endroit qu’ils s’efforcent en hâte d’atteindre, ou ils sont incapables de bouger, alors qu’ils sont à la poursuite de certaines personnes ; ou ils s’engagent dans une rixe ou sont-eux-mêmes roués de coups, ou ils tombent des hauteurs ou sont aspirés en l’air, sans avoir d’ailes. Parfois encore, c’est comme si certains tentaient de les assassiner, sans que qui que ce soit ne les poursuive, ou comme si eux-mêmes avaient tué leurs proches, car ils sont souillés de leur sang – jusqu’au moment où se réveillent ceux qui sont passés parmi toutes ces choses. Ils ne voient rien, ceux qui se trouvaient pris dans toutes ces affaires déconcertantes, puisqu’elles n’étaient rien. 

De même, il en est ainsi de ceux qui ont écarté d’eux-mêmes l’ignorance, tout comme on écarte le sommeil, sans lui attribuer une valeur quelconque ni non plus considérer ses réalisations comme des réalisations solides, mais ils les ont dissipées, comme on dissipe un rêve nocturne. 

Et la connaissance du père, ils l’ont estimée, puisqu’elle est la lumière. C’est comme si chacun avait agi en étant endormi, au moment où il était dans l’ignorance, et c’est comme s’il s’était réveillé, en parvenant à la connaissance. »

(trad. Anne Pasquier)

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Sur la base de l’ignorance, l’illusion se manifeste – une vie qui n’en est pas une, sans épaisseur ni profondeur, comme si la conscience se faisait prisonnière de sa propre surface.

Mais d’où vient cette ignorance ?

Pour le Tantra, elle est un pouvoir de la Conscience elle-même. C’est elle-même qui s’oublie, qui s’exclut, puis qui se manifeste à elle-même en oubliant que c’est là sa propre manifestation.

Le Mal omniprésent dans l’univers est du à cet aveuglement primordial. Selon le mythe gnostique, notre monde a été créé par le faux Dieu, celui d’Abraham et de ses serviteurs esclaves. Comme il n’est qu’une piètre imitation motivée par la jalousie et l’avidité, il est plein de mort et d’ombres. Cependant, d’un autre point de vue plus vaste, même cette prison de ténèbres est enveloppée dans la Plénitude et fait partie de son économie mystérieuse. 

Le monde n’est pas parfait. La nature n’est pas parfaite. Elle est comme un vitrail sali qui déforme la lumière. Il y a certes des couleurs, des éclats et des reflets de la Lumière originelle, mais le tout est souillé par la trahison du faux Dieu, incarnation cosmique de l’ego. A cause de sa démesure, tout est beau, oui, car tout vient de la Beauté. Mais aussi, tout est souillé, à divers degrés, jusque dans les moindres détails, par sa méchanceté maladroite. 

Voilà pourquoi le spectacle de la Nature nous trouble tant : A la fois beauté ineffable, et en même temps, souffrance indicible. Comme si nous savions que quelque chose n’allait pas. 

Voilà pourquoi tout nous émerveille, et en même temps, tout nous attriste. Nous sentons l’étonnement et la tragédie tout ensemble. Nous sentons la Puissance, mais aussi une blessure, sur laquelle nous ne parvenons pas à mettre de mots. La Nature éveille en nous le souvenir d’une perfection, et pourtant nous savons que, dans la Nature, quelque chose cloche. La mort, la perversion, la domination, la souffrance sans fin. La créativité à l’œuvre dans le monde semble être une Puissance, mais une Puissance pervertie. La création est bonne en sa racine, mais elle paraît avoir dévié vers une jouissance malsaine, où l’on ne peut vivre sans tuer, de sorte de le bon et le mauvais semblent ici inséparables.

Selon certains, le mauvais est nécessaire : pas de bon sans mauvais, pas de vie sans mort. Pourtant, nous sentons au fond de nous que ces raisonnement sonnent aussi faux. Non, la souffrance de la proie n’est pas nécessaire à la vie. Bon et mauvais ne sont pas deux bras sortis de la même source.

Notre vie est alors de nous tourner vers la Lumière. La récolter, la butiner telles des abeilles, nous en nourrir en tout et partout, avant de remonter vers la Plénitude originelle. Prendre soin, dans la mesure de nos forces.

Dans le Tantra, nous retrouvons ce même message. Il y a une création première, pleine et pure, où tout existe en harmonie avec tout, sans rien de mauvais. Puis un équilibre est rompu. La mesure est dépassée, le secret d’une extraordinaire synthèse est oublié. Et un faux Créateur intervient. 

Certes, tout cela est englobé dans une économie plus vaste, celle de la Conscience universelle. Mais nous sommes dans la Mâyâ, l’oubli presque total du tout originel. Nous sommes dans le fragmenté, l’incomplet, dans la contraction. Et nous sommes, dit le Tantra traditionnel, dans la peur. Car l’ignorance engendre la peur, omniprésente. Et la peur, ajoute le Tantra ésotérique, engendre les religions et les morales imparfaites, les mœurs et coutumes, imitations grotesques de l’intelligence morale innée.

Nous nous sentons alors frappés de nostalgie. La symphonie a laissé place à la cacophonie. Nous sommes d’autant plus confus que nous goûtons toujours le bon et le beau. Mais ils sont désormais déformés, tant il est vrai que le mauvais s’insinue partout, diviseur, mauvais joueur et sournois. Il agit pour gâcher, en contrefaisant le vrai bien, la beauté réelle.

Le remède est l’intelligence innée, la foi dans le « je suis », la sensation d’être, profonde, frémissante, vivante, la Mère envoyée au cœur de la prison pour délivrer les étincelles de lumière et, peut-être, pour sauver la prison elle-même en la soignant autant qu’il est possible. Car le mauvais n’est que l’ombre du bon. Et l’ombre n’est rien en dehors de la lumière. Elle n’est jamais absolue, sans quoi elle ne serait pas même visible comme ombre. Le mauvais n’est qu’une voie dissonante, qui certes nous murmure de l’intérieur, mais qui est vouée à disparaître au Jour de la vraie clarté. Les fausses divisions s’évanouiront dans l’ultime non-dualité, où unité et dualité sont réconciliées, où identités et différences forment un seul chœur. La puissance du mauvais ne tient qu’au fil de notre obéissance. Sans notre complicité, nul asservissement n’est possible. 

Le remède est dans la sagesse confiante en la voie du « je suis je ». En cette pulsation est notre salut. Pain et vin de vie, sperme et sang du Dieu et de la Déesse.



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