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Quand l’orage apaise



Le Cachemire est une large vallée. Les orages y sont aussi fréquents que dans notre Sud. Un sage de cette contrée, un héros spirituel, Vîranâtha, nous a laissé ce conseil :

« Quand le roulement du tonnerre
disparaît peu à peu,
l’esprit qui l’écoutait 
s’apaise. » 

(Un Bouquet pour l’éveil à soi, Svabodhodayamanjarî,1)

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Ce conseil vaut pour n’importe quel mouvement. Il vaut encore davantage pour les mouvements violents : tempêtes, orages, douleurs, crises, maladies, canicules, efforts et autres épuisements.

J’écoute l’avion qui fait résonner la vallée. L’avion de La Poste passe à minuit, une longue vibration qui me fascine depuis l’enfance. Toute la vallée résonne comme un corps géant, un « om » immense qui réveille le Vide et ramène au vide, à ce mystère loin-proche. « Le calme après la tempête ». Je suis cette paix, tout est cette paix. Je suis la paix entre les guerres, l’équilibre entre les tensions, le silence vivant entre les mots, l’espace entre les corps.

Je suis identifié à la douleur, à l’émotion, à l’orage. Mais alors, quand ils s’apaisent, je me laisse porter dans la paix, je plane sans effort dans l’immensité nue. Naturellement, l’attention captivée par le tonnerre débouche dans le silence.

Comme après un massage. Comme après une salve d’applaudissement. Comme à la fin d’une longue journée de travail manuel.

C’est une pratique traditionnelle. Dans le dzogchen par exemple, il existe une pratique de « tonnerre corporel » : Je reste les jambes pliées, sur la pointe des pieds, les mains se rejoignent au-dessus de la tête. Cette position engendre une tension extrême dans les cuisses et les épaules. Je la tiens jusqu’aux limites. Puis je m’effondre. Et dans cet effondrement, le ciel se révèle à nu.

Cette pratique est d’origine chamanique, mais peut-être pas mongole. En effet, de nombreuses population indo-européennes ont habité la Steppe asiatique. Il pratiquaient différentes voies célestes, voies de la roue solaire et des bois du cerf. Il en reste encore des poches, comme les Kalashs dans l’Oddiyâna, la grande vallée des fées et autres yoginîs, contrepartie mystique à quelques lieues de la vallée du Cachemire.

Il y a là notre héritage, qui attend dans notre chair d’être réveillé par d’attentifs roulements de tonnerre.



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Rédiger par Blog de David Dubois

La Vache cosmique, blog philosophie de David Dubois

Stephen Jourdain L’expérience de l’éveil Partie 6 – ST FR / EN

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