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Rencontre avec Krishnamurti pa…


Traduction libre. Le titre est de 3e Millénaire.

Bien qu’il soit mince, frêle et grisonnant, Jiddu Krishnamurti est intense, extrêmement alerte et spirituellement si éveillé que ce qu’il dit illumine potentiellement tous les coins de l’âme humaine. En présence de ce penseur, conférencier et auteur de renommée mondiale, ma propre conscience et ma propre compréhension ont été allumées à un degré tel qu’elles ont changé le cours de mon existence quotidienne.

En juin 1944, je me suis entretenu avec Krishnamurti dans sa maison d’Ojai, en Californie. Notre conversation s’est déroulée dans un petit salon sobre, réservé à cet effet et séparé du reste de la maison surplombant la vallée d’Ojai. De l’autre côté de la fenêtre, il y avait des orangers, une ruche d’abeilles bourdonnantes, une vache brune en train de brouter tranquillement et quelques poulets blancs, dont il aidait à s’occuper. Nous nous sommes assis l’un en face de l’autre : lui, complètement attentif, utilisant les gestes des mains et les expressions faciales pour amplifier le sens de ce qu’il disait ; moi, nerveux et excité.

J’avais compris depuis longtemps que le problème mondial est le problème individuel et que le conflit à l’extérieur est le résultat du conflit intérieur de chaque personne. Il est clair que cette perturbation intérieure doit être comprise. Comment peut-on vivre intelligemment et sainement sans connaissance de soi ? Et dans quelle mesure nous nous connaissons bien ? Sommes-nous pleinement conscients, jour après jour, de ce que nous pensons et ressentons ? Peut-être qu’un enregistrement écrit des activités de notre cœur-esprit serait révélateur.

Avec ces pensées qui se bousculent dans mon esprit, j’ai dit : « Afin de mieux me connaître, j’ai essayé d’écrire mes pensées et mes sentiments. J’ai écrit sur le ruisseau qui coule, les montagnes majestueuses, le chant des oiseaux — comme si j’écrivais une lettre à quelqu’un… »

Krishnamurti a répondu rapidement. « Non, pas ça. Que pensez-vous des oiseaux ? Quelle est votre réaction ? »

Toujours tendu, j’étais incapable de penser à ce qu’il voulait dire. « S’il vous plaît, expliquez-moi plus en détail. »

« Il est important de penser correctement pour laisser émaner quelque chose de créatif. Pour penser correctement, vous devez vous connaître. Pour se connaître, il faut être détaché, absolument honnête, libre de tout jugement. Cela signifie avoir continuellement conscience de ses pensées et de ses sentiments pendant la journée, sans acceptation ni rejet, comme si l’on regardait un film sur soi-même.

« Pour observer de plus près, il est nécessaire de ralentir le processus mental. L’examen attentif le fera automatiquement, comme le ralentissement du film. Au début, il sera utile de noter ses pensées et ses sentiments. Vous ne pouvez pas les écrire toutes, mais autant que possible. »

« D’une manière abrégée, pas forcément intelligible pour les autres ? »

« Oui, deux mots suffisent pour rappeler une pensée. »

« Je craindrais que quelqu’un puisse le lire. Je suppose qu’on pourrait s’assurer que personne ne puisse le comprendre. »

« Oui, ou le brûler. De même, pendant une activité, comme laver la vaisselle, vous ne pouvez pas écrire, mais le processus d’observation se poursuit. Cela étant, vous pouvez écrire vos pensées. »

J’étais moins nerveux et je gagnais en confiance. J’ai dit : « La plupart d’entre nous ne sont conscients que de temps en temps. Êtes-vous conscient tout le temps ? »

« Pas tout à fait. Maintenant que je vous parle, mon attention est sur vous, mais le processus photographique continue. Supposons que je dise quelque chose de faux, après, je dirai : “Bon sang, j’ai dit quelque chose de faux à David !” »

Je commençais à comprendre plus rapidement maintenant. « Alors quand vous parlez à quelqu’un, vous n’êtes pas conscient ? »

« Lorsque je donne une conférence, toute mon attention est tournée vers le public, mais le processus d’enregistrement se poursuit ; ensuite, je peux observer mes réactions intérieures. Si je parle à quelqu’un de quelque chose qui n’occupe que mon attention superficielle, ou si je fais quelque chose comme la vaisselle, alors je suis conscient de ce qui se passe à l’intérieur de moi ; mais je ne peux pas donner toute mon attention pour y penser avant d’être seul. »

L’accélération de mon intérêt m’a incité à demander : « Et quand nous aurons écrit nos pensées, que se passera-t-il ensuite ? »

« À la fin de la journée, vous pouvez lire ce que vous avez écrit, de manière honnête et impartiale. Vous commencez à vous voir ; vous pouvez examiner tous les différents échantillons. Au début, vous aurez honte, mais cela passera. Vous aurez envie d’essayer de voir ce qui se cache derrière ces pensées et ces sentiments. »

« Oui, je vois ça. »

« Une fois commencée et dotée du bon environnement, la conscience est comme une flamme ». Le visage de Krishnamurti s’est illuminé de vivacité et de vitalité spirituelle. « Elle va croître de façon incommensurable. La chose difficile est d’activer la faculté. »

Une petite flamme de conscience s’est allumée en moi et mon moi intérieur semblait être faiblement transparent. S’agissait-il d’un état passager ? Dans quelles circonstances pourrait-il s’épanouir ? J’ai dit : « Qu’entendez-vous par le bon environnement ? »

« Ne pas être trop fatigué ; avoir assez de temps pour être conscient. Travailler dessus et lui donner assez de carburant — le carburant, c’est sa vie. »

Krishnamurti a fait une pause pour voir ma réponse. On pouvait voir combien il tenait à ce que je comprenne, mais je n’étais pas habitué à une pensée aussi concentrée et dynamique et nous avons dû nous arrêter.

L’intensité de l’entretien est restée en moi pendant plusieurs jours et j’ai travaillé au processus de connaissance de soi ; cependant, c’était loin d’être facile. Les habitudes de condamnation, de justification et d’anxiété ont agi comme une distraction de la conscience et ont empêché une observation objective. Je sentais que j’avais besoin de plus d’aide.

Une semaine plus tard, j’ai invité Krishnamurti à un pique-nique dans une station balnéaire où nous séjournions pendant nos vacances à Ojai. Nous nous sommes assis sur de gros rochers blancs omniprésents et avons regardé ma famille se baigner dans la rivière bleu clair.

Après le déjeuner, je l’ai interrogé davantage sur la conscience. « En observant mes réactions, je trouve généralement le désir sous une forme ou une autre, par exemple l’envie. Je la vois. Cela va et vient, mais je ne semble pas être capable de penser plus profondément que cela. »

Il m’a regardé doucement pendant un moment, puis a dit : « Vous êtes le résultat du passé — votre corps, vos sentiments et vos pensées. Votre corps n’est qu’une copie. Tout sentiment, par exemple l’envie ou la colère, est le résultat du passé. Tout ce que vous faites à propos de cette envie, comme la répression, la tentative d’en faire quelque chose, ou toute autre action, est également le résultat du passé. Donc vous vous déplacez simplement dans le cercle de l’expérience. » Il fit un dessin dans le sable pour montrer cela, un cercle avec des marques à l’intérieur, une pour l’envie et une autre pour l’action entreprise. « Il faut “travailler” là-dessus, y réfléchir, méditer, essayer de la voir sous tous ses aspects, calmement, avec détachement, comme on regarde un animal nouveau et inconnu, on s’intéresse à sa forme, à ses habitudes, etc. On ne sait pas s’il est venimeux ou non, donc on n’a pas de réaction. C’est ça la méditation, essayer de se libérer du passé, transcender le passé pour découvrir l’inconnu, l’intemporel ; sinon, c’est simplement se déplacer dans le cercle du passé.

« Vous devez méditer là-dessus jusqu’à ce que vous puissiez le ressentir dans tout votre être, pas seulement une couche, toutes les couches ». Le corps entier de Krishnamurti exprimait ce qu’il disait. « Alors il y aura un grand calme, une paix infinie.

« Écrivez ceci comme je l’ai dit. Puis regardez-le et observez vos réactions. Réfléchissez-y. Essayez de découvrir ce que vous en pensez. Cela vous reviendra plus tard. »

Ses paroles ont eu un effet apaisant. Il y eut un long silence pendant lequel nous sommes restés assis sans bouger. Tout ce que l’on faisait était inutile ; pourtant, il y avait toujours un mouvement intérieur. Je voulais de la compagnie, qu’elle soit personnelle, impersonnelle, spirituelle ou divine, mais je ne voulais pas être complètement seul. J’ai dit : « Le désir d’affection ou la peur de la perdre est à l’origine de beaucoup de mes pensées et de mes actions. »

« Qu’est-ce que vous désirez ? Ce n’est pas de l’affection. » Il a attendu ma réponse.

« Vous voulez dire que ce n’est pas de l’affection dans mon propre cœur, mais quelque chose d’extérieur ? »

« Exactement. Vous essayez de remplir un vide intérieur. C’est comme essayer de remplir un seau vide, qui fuit et qui ne pourra jamais être rempli. »

« Il faut continuer à y mettre du sien tous les jours. »

« Et pourtant, elle ne remplit qu’une mince couche ; elle ne satisfait que superficiellement. Elle ne remplit jamais complètement ou définitivement tout le récipient. Alors pourquoi continuez-vous à faire cela ? » Krishnamurti a lancé un regard interrogateur, observant attentivement ma réaction. « Vous ne faites pas vraiment l’expérience de cela. Si vous voyiez vraiment cela, vous seriez ravi. Vous aurez un énorme sentiment de soulagement — “Dieu merci, je n’ai pas besoin de continuer à faire cela !”. »

Je pouvais sentir sa sérénité, mais pas la mienne. « Pourquoi est-ce que je la vis si superficiellement ? »

« Oui, pourquoi ? » a-t-il demandé.

J’étais déterminé à être honnête avec mes réponses. « Parce que je suis usé, pas assez sensible. »

« Oui. Alors, trouvez pourquoi vous êtes usé. Enquêtez sur tout : le régime alimentaire, l’hérédité, vos origines anglaises, l’impérialisme et ainsi de suite ; vos activités ; peut-être êtes-vous entouré de pensées sur vous-même, de souvenirs, de comparaisons, d’évasions, de rêves et ainsi de suite — examinez tout. Abordez vraiment l’ensemble de la question. Si vous vous contentez de vous asseoir et de dire : “Eh bien, je suis morne”, sans rien faire, alors vous êtes vieux ». Il s’est assis avec une attitude dramatique et nonchalante ; puis, se penchant vers l’avant et fixant sur moi ses yeux bruns lumineux, il a dit : « Ce devrait être une question de vie ou de mort. »

« Pourquoi suis-je usé maintenant ? »

« Je pense que c’est parce que vous êtes déprimé. »

« Oui, c’est vrai. Je sais pourquoi je suis déprimé. » Je me sentais découragé par mon travail dans une usine qui me prenait toute mon énergie. Le travail de transformation des aliments était l’occupation la plus constructive qui s’offrait à moi pendant la guerre.

« Vous pouvez facilement en trouver la cause, mais la dépression n’aide pas, n’est-ce pas ? Alors pourquoi êtes-vous déprimé ? » Il sourit en attendant que je me pose la question. « Directement, vous vous posez la question “pourquoi ?”, regardez vraiment, alors c’est parti. Vous êtes au sommet de la montagne. »

« On s’accroche à la dépression. Pourquoi ? » Je sentais la dépression partir, mais une partie de moi semblait s’y accrocher.

« Parce que c’est mieux que rien. Vous ne voulez pas être vide. David, pourquoi n’abordez-vous pas vraiment cette question du vide intérieur ? Pourquoi le remplissez-vous continuellement de sensations-conforts, de croyances, de comparaisons ? Si vous avez un seau qui fuit, qui est cassé, qu’est-ce que vous en faites ? »

« On le jette ! »

« Oui, monsieur. Ne continuez pas à l’utiliser ! »

Ce dialogue a eu un impact énorme sur moi et même aujourd’hui, alors que j’écris, je trouve les mots encore très vivants.

Ce que je n’aimais pas, c’était l’atmosphère de l’usine, mais cela m’a donné l’occasion d’observer l’effet de la prise de conscience sur ma vie. En me détachant du passé, je me suis d’abord débarrassé du conditionnement de l’université, puis des influences de l’école, et plus tard de certaines de mes peurs d’enfant. Au fur et à mesure que je faisais face aux choses et que je commençais à me regarder honnêtement, je devenais moins nerveux ; cependant, il restait d’autres couches de conditionnement, en particulier les couches inconscientes héritées de mes origines anglaises et écossaises.

Vers la fin de 1945, nous nous sommes installés dans la ville chaude et ensoleillée d’Ojai, avec ses merveilles, sa beauté et son groupe croissant de personnes intéressées par les enseignements de Krishnamurti. Je me demandais s’il était possible de vivre complètement libre et éveillé de la manière indiquée par lui ; il semblait très difficile de subvenir aux besoins d’une famille et d’être en même temps pleinement éveillé spirituellement. J’avais acquis suffisamment de conscience pour être avide de beaucoup plus.

Dès que j’en ai eu l’occasion, je suis allé le voir et j’ai commencé l’entretien par ce qui me venait à l’esprit : « Je suis parfois conscient, mais la plupart du temps, je ne suis pas vraiment conscient de mes sentiments et de mes pensées. »

« Remarquez-vous les moments où vous êtes plus conscient ? »

« Oui, mais je suis complètement absorbé quand j’enseigne ou quand je danse. »

« N’y a-t-il pas une partie de vous qui reste à l’écart et observe ? »

« Seulement à certains moments. »

« Ces moments augmentent-ils en durée ? »

« Oui. »

« Vous êtes donc plus éveillé, même si c’est imperceptible. Ne trouvez-vous pas que des discussions fondamentales comme celles-ci sont éclairantes ? »

« Oui, je les trouve stimulantes. »

Assis très droit et parlant avec beaucoup de clarté et d’affection, Krishnamurti a dit : « Les trouvez-vous seulement stimulantes ou sont-elles illuminantes ? Il y a une nette différence entre être stimulé et être éveillé. Être éveillé est comme une flamme qui illumine tout à l’intérieur. » Il attendit patiemment, mais avec vigilance. « Est-ce que vous voyez vraiment cela ? D’abord le voir verbalement. Ensuite, ressentez-le — être stimulé et être éveillé. Maintenant, entrez-y profondément, en voyant toute sa signification. » Tout son être me parlait.

« Je vois la différence, mais d’autres choses me viennent à l’esprit. »

« Ne vous occupez pas des autres choses. Regardez vraiment ça. Voyez vraiment la différence entre l’illumination et la stimulation. »

Il y avait silence. Mes nerfs étaient calmes. Je sentais le contact de quelque chose de vital et de formidable. « J’ai peur qu’il y ait beaucoup de résistance en moi. »

« Oui, mais voyez l’énorme importance de l’illumination, même si ce n’est que pour une seconde. »

Pendant le silence qui a suivi, j’ai pris conscience d’une vivacité qui semblait exister en dehors de nous deux. L’expansion de conscience qui s’est produite était trop forte pour moi et j’ai failli m’endormir. J’ai demandé : « Pourquoi ? »

« Vous n’êtes pas habitué à cette concentration. »

« Je vois l’importance de l’illumination, mais il y a d’autres choses qui me viennent à l’esprit et que j’avais préparées à vous demander. Je fais toujours cela — préparer l’avenir. C’est parce que je suis anxieux, mais cela m’empêche de voir quelque chose de nouveau comme ce que vous présentez maintenant. »

« Très bien, vous voyez la futilité de l’esprit qui se prépare toujours. Après cela, vous serez moins enclin à en faire autant. Ce qui compte, c’est de voir l’importance de la lumière. »

Mon esprit était encore encombré de questions que je pensais devoir exposer même si elles étaient « fausses ».

« Est-il préférable de méditer avec les yeux ouverts ou fermés ? »

« Ça dépend. Mais ce qui compte, c’est de voir l’importance de la lumière. »

Je voyais la vérité dans tout ça, mais je me demandais si je le ferais toujours. « Qu’est-ce qui rend quelqu’un usé à nouveau après avoir été conscient ? »

« Votre esprit est déjà avide de plus. Il veut s’accrocher à la lumière. »

Une fois de plus, le silence s’est installé. J’ai vu qu’en me préoccupant de la façon de rester alerte, mon esprit cherchait à poursuivre l’expérience et que cette action était elle-même une cause d’endormissement. De cette façon, l’entretien était une méditation, un processus de connaissance de soi. Il y avait une intensification de l’ouïe, de la vue et du sentiment et mes questions ressemblaient à des interruptions pendant un concert ou un coucher de soleil. « Donc vous vous contentez d’observer la conscience, de la regarder grandir, et de ne pas vous préoccuper des autres choses ? »

« Oui. Expérimentez avec cela pendant un moment. Intéressez-vous à la lumière en dehors de David Young. Vous êtes plus éveillé que vous ne le pensez. » Krishnamurti se pencha en avant et me regarda droit dans les yeux ; lorsqu’il parlait, ses yeux intenses étaient remplis de compassion. « Lorsque vous faites quelque chose comme enseigner, jardiner ou danser, vous n’y accordez pas toute votre attention — peut-être trente pour cent. Qu’advient-il des soixante-dix pour cent restants ? Si vous ne le savez pas, ça doit être caché ».

« On remarque ses propres réactions et celles des autres. »

« Oui. En d’autres termes, cette observation se fait tout le temps. »

« Une méditation continue ? »

« Oui. Écoutez comme si vous écoutiez la pluie. » Il pleuvait à verse. « Appelons ce phénomène concentration : écoutez ce qu’elle a à vous dire, plutôt que de lui parler. Elle vous en dira beaucoup plus que ce que vous pouvez lui dire. Bien sûr, il doit y avoir une certaine tension de votre part ; il doit y avoir une interaction. Par exemple, vous travaillez seul, puis vous venez écouter ce que j’ai à vous dire. Si vous n’y travailliez pas, tout ce que je dirais ne serait qu’une perte de temps. Quand vous écoutez, faites-le sans chercher à en tirer quelque chose. »

« Nous voulons quelque chose, et cela nous empêche de vraiment écouter et regarder. »

« Oui. Vous êtes en train de lire un livre. Lisez chaque page. Si vous lisez un livre sur la science, il vous dira plus que ce que vous pouvez lui dire ; n’est-ce pas ? »

« Oui ».

« Puis, quelle que soit la nature de la chose — la colère, l’envie, le désir — voyez tout le processus. Par exemple, lisez le livre des sensations ; lisez-le entièrement — sur le méchant comme sur le héros, et pas seulement sur le héros — afin de tout savoir. Sinon, comment pouvez-vous connaître toute l’histoire ? Découvrez l’histoire complète de la douleur et du plaisir. Regardez et voyez quand vous êtes sensuel. »

« Voulez-vous dire du sexe ? »

« Le sexe n’en est qu’une petite partie. Prenez la sensualité dans son sens le plus général — manger, sentiment de puissance, réalisation, prendre parti — en fait le désir sous toutes ses formes. Nous devons être très attentifs en permanence. »

« En d’autres termes, regarder l’envie ou quoi que ce soit d’autre comme si ça ne faisait pas partie de moi ? »

« Oui. C’est absorbant et intéressant, n’est-ce pas ? Supposons que nous regardons un tableau ; nous le jugeons, le critiquons et ainsi de suite, au lieu de voir réellement ce qu’il a à dire. »

À la suite de cet entretien, j’ai acquis une bien meilleure compréhension du fonctionnement de la conscience. C’est devenu plus concret pour moi : recueillir des informations sur soi, c’est simplement accumuler des souvenirs, mais observer le mouvement de l’action est un processus vivant.

En écoutant très silencieusement, lorsque j’étais seul et inoccupé, non seulement les sons extérieurs, mais aussi mon être intérieur, et en observant très attentivement et en ressentant toute parcelle de lumière, aussi petite et apparemment insignifiante soit-elle, j’ai découvert une intensité lumineuse qui existait tout à fait en dehors du mental occupé. En même temps, j’avais toujours l’impression de tâtonner dans un brouillard, et j’ai eu l’envie de revoir Krishnamurti en février 1946.

Dès que nous avons été ensembles, j’ai plongé au cœur de mon problème : « Après avoir observé mon esprit et mes sentiments, il me semble atteindre un brouillard ou un voile — quelque chose me bloque pour aller plus loin. »

Il a compris instantanément et a dit : « Le voile ne se retire-t-il pas un peu à chaque fois ? ».

« Parfois. » Il y avait des circonstances où il était beaucoup plus difficile d’être conscient. « La vigilance ne dépend-elle pas de la condition physique de chacun ? Si on est malade, on n’est pas aussi éveillé. »

« Bien sûr que oui. S’il y a de la douleur, naturellement on ne peut pas penser à autre chose. »

« Ou pas d’énergie… »

« Oui, c’est ça, on manque d’énergie. Il faut donc surveiller sa condition physique, faire attention à son alimentation, ne pas trop se fatiguer, etc. »

« Vous voulez dire essayer l’effet de chaque aliment ? »

« Oui, expérimentez avec les aliments et observez les réactions du corps aux différents types. »

« Si l’on est fatigué ? »

« Alors, persistez dans la vigilance. »

« Vous voulez dire en dépit de sa condition ? »

« Oui, mais on ne peut pas aller plus loin après le corps s’effondre. »

En revenant à mes pensées initiales, j’ai dit : « Comment puis-je rendre la méditation plus intense ? »

« Que faites-vous ? »

« J’observe mes sentiments et mes pensées et j’écoute chaque mouvement intérieur »

« Donc on observe les émotions et l’esprit avec tous ses vagabondages. Pour faire cela, il faut être très alerte, n’est-ce pas ? »

« Est-on conscient de tout à la fois, ou l’attention passe-t-elle rapidement d’une chose à l’autre — pensées, émotions, actions, sons ? »

« C’est déjà assez difficile ainsi. N’ajoutez pas à la difficulté. Il faut être alerte, physiquement, émotionnellement, verbalement, mentalement, tout le temps. C’est comme une maison avec différentes pièces, différentes activités qui se déroulent ; pourtant, tout cela ne forme qu’une seule unité. » Le visage de Krishnamurti exprimait un affectueux intérêt à mon égard. « Je pense que vous avez besoin de temps pour vous le matin, puis à nouveau le soir, peut-être une promenade. Quand je dis seul, je veux dire seul. Si vous n’avez pas de chambre pour vous, sortez sous un arbre quelque part. »

« La difficulté est de bien utiliser le temps. »

« Exposez tous vos problèmes. Faites tout sortir, la jalousie, tout. Jouez avec. Alors vous ne serez plus nerveux ou en colère ; vous serez éveillé, alerte, tranquille à l’intérieur. »

Comme toujours, j’ai été profondément touché et je suis reparti avec le sentiment d’avoir beaucoup de choses à travailler, et pour longtemps.

Il s’est avéré que cet entretien devait me suffire pour plusieurs années. Je me suis énormément impliqué en tant qu’enseignant dans une nouvelle école indépendante et j’ai rarement pris un jour de congé. Même l’été, au lieu de me reposer, je devais gagner de l’argent en enseignant la natation. Il y avait une pression sans fin des problèmes quotidiens et la nuit, je restais éveillé à m’inquiéter de toutes les choses qui devaient être faites. Il était de plus en plus difficile de trouver de la fraîcheur dans ma vie. La vitalité de la jeunesse commençait trop tôt à s’estomper.

La nécessité de trouver une liberté intérieure face aux pressions et aux influences était urgente. Une meilleure compréhension de la méditation pourrait peut-être l’aider. Heureusement, en juin 1952, Krishnamurti était de retour à Ojai et il a eu la gentillesse de trouver du temps pour une conversation avec moi.

Après avoir échangé nos salutations, il s’est assis tranquillement et a attendu ma question. J’ai dit : « J’ai expérimenté la méditation, et pour moi, le moment le plus efficace semble être celui où j’enquête sincèrement, mais trop souvent l’esprit vagabonde sans être observé. »

« Puisque vous avez expérimenté cette libération créative de l’enquête authentique, pourquoi ne le faites-vous pas tout le temps ? »

« C’est ma question. »

« Oui, mais nous le faisons maintenant. Pourquoi ne pas le faire plus souvent ? » Il a attendu que je me pose la question. « Est-ce parce que vous êtes paresseux ? »

« Je suppose que c’est vrai ; il y a de l’inertie. La plupart du temps, mon esprit est préoccupé par des problèmes ou je prépare l’avenir ; de temps en temps, je suis perdu dans la fantaisie. »

« Examinons les faits qui empêchent la véritable enquête. Vous pensez à des problèmes qui pourraient être réglés plus tard ; vous êtes paresseux, endormi, vous attendez. Voilà les faits. Ne vous souciez pas de l’explication des raisons pour lesquelles vous faites ces choses. Laissez les faits raconter l’histoire ; les explications ne changeront rien aux faits. Ici, » en utilisant ses mains d’une manière typique, « sont les choses qui empêchent l’enquête et là-bas est le plaisir de l’enquête que vous connaissez. Regardez simplement les faits. Voyez-les vraiment. »

« Surtout quand je suis seul, en train de méditer. »

« Oui, intensifiez votre enquête. Bien sûr, vous ne pouvez pas vous enquêter toute la journée, mais vous pouvez être vigilant. Vous trouverez beaucoup d’énergie. Insistez sur l’enquête pour être vraiment vital, pas pour que David Young devienne quelqu’un, mais pour l’intérêt de l’enquête elle-même. Voulez-vous faire une promenade ? »

J’ai accepté l’invitation comme je l’ai fait en de nombreuses autres occasions. Nous avons marché d’un bon pas à travers les orangeraies et avons parlé de la situation mondiale, mais pour l’essentiel, nous avons profité de la nature en silence. Ensemble, nous avons regardé la belle vallée et le soleil couchant. Toujours à cette heure bénie, il y a la paix — l’occasion de méditer.

La première fois que j’ai écouté Krishnamurti, j’ai eu l’impression que le paradis était juste au coin de la rue et que si nous faisions ce qu’il disait, nous y serions. J’étais enclin à utiliser ses paroles comme une formule à suivre et à améliorer au fur et à mesure qu’il utilisait de nouvelles phrases. La tâche, cependant, s’est avérée impossible. Il y avait un conflit constant entre ce qui devait être selon la formule et la réalité. De toute évidence, je ne m’y prenais pas de la bonne façon.

Puis un jour, j’ai découvert la capacité de regarder un sentiment sans jugement, sans rien faire à son sujet. Cela a ouvert un tout nouveau monde et a indiqué un processus méditatif très différent des pratiques habituelles.

En général, la méditation signifie la répétition d’un mantram, d’une phrase, d’un chant ou encore la concentration sur une image comme celle du Christ ou du Bouddha ou sur une idée comme la bonté, la paix ou l’amour. Ces méthodes ne sont pas sans résultats, mais elles sont de nature mécanique et finissent par tuer l’esprit. En revanche, enquêter sur ce qui est, la perception de la vérité, est toujours frais, toujours vital.

La majeure partie de ma vie, j’ai dépendu psychologiquement de la lumière de Krishnamurti et j’avais besoin de le voir de temps en temps. Cela m’a aidé et m’a au moins amené à voir l’importance d’être une lumière pour moi-même. Maintenant, je comprends que je dois compter sur ma propre lumière, aussi faible soit-elle. Au lieu de me contenter de réagir aux événements et aux circonstances, au lieu de me tourner vers l’expérience, la musique, les gourous ou d’autres influences pour amener l’esprit à un état différent, je vois que l’esprit doit être son propre défi.

Il y a une nouvelle énergie, je ne vieillis plus trop vite, et même si j’ai soixante ans, je me sens impatient de travailler encore vingt ans.

Krishnamurti a donné au monde moderne une expression claire et simple de la vérité. En ce qui concerne ma propre vie, ses enseignements ont résisté à l’épreuve du temps. Je les ai trouvés universels et intemporels.



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