in ,

Un bonheur très ordinaire, doux, intense et très sincère.



J’avais posté ce témoignage de B. en mars 2021.

Je ne connaissais pas cet homme, à l’époque et j’avais été touché par son récit d’éveil.

Je l’ai rencontré enfin aujourd’hui et j’ai pris un café avec lui à Montmartre.

J’ai relu son témoignage pour l’occasion et je vous le reposte aujourd’hui.

 

 

 

 

« Je m’appelle B. J’ai bientôt 37 ans. J’habite en région parisienne.

Le 23 mai 2020,  en plein confinement, alors que je cherchais presque au hasard des vidéos sur youtube dans lesquelles j’espérais trouver des voix parlées intéressantes à sampler (inclure)  au disque que je suis en train de composer, je suis tombé sur votre vidéo appelé  » la voie spirituelle « .

En disant hasard, j’exagère un petit peu étant donné que les mots-clefs tapés dans la barre de mon moteur de recherche étaient « voie spirituelle ».

Je m’intéresse à la spiritualité depuis quelques années, disons assez intensément depuis la naissance de ma première fille. Avant cela, je me suis toujours beaucoup intéressé aux religions. D’une manière paradoxale (attraction-répulsion) puisque j’étais opposé à toute idée de dieu, de dogme, d’interdit, de clergé etc… mais je ne pouvais m’empêcher de lire tout ce qui me passait entre les mains sur le sujet.

Après qu’un ami, engagé sur la voir soufie, ait évoqué devant moi le mot « ésotérique » en l’opposant à « exotérique » , mots que je ne connaissais pas et m’ait invité à lire le livre d’Arnaud Desjardins -Bienvenu sur la voie-  la lumière s’est allumée et en quelques mois, j’ai enfin compris ce qui m’attirait dans les religions. J’ai alors beaucoup lu en redirigeant mes efforts de lecture. J’ai également ressenti le besoin de me former en philosophie car je me rendais alors compte de mon manque cruel de connaissance dans le domaine.

J’ai découvert que les religions abritent (cachent?) en leur sein des traditions spirituelles et me suis beaucoup intéressé au soufisme, au zen, a l’advaita-vedanta…

J’ai commencé à méditer en étant accompagné quelques semaines dans un centre bouddhiste.

Cette pratique m’a poursuivi et j’espérais parvenir à un état méditatif permanent. Toute la journée. Tout en poursuivant ma vie de mari, de père de famille,  et mon métier.

Ce presque-vœux, je l’ai formulé au centre bouddhiste lorsqu’il m’a été demandé les motivations qui m’avaient poussé jusque là. Je me souviens avoir entendu parler d’éveil. Les membres de l’ordre et quelques méditants-stagiaires en parlaient mais toujours comme quelque chose de très lointain, de très impossible et d’une rareté sans pareil. « Dans une autre vie peut-être »…

Alors, ce soir du 23 mai 2020, lorsque j’ai commencé le visionnage de votre vidéo, il était tard, j’étais un peu fatigué et surtout très passif. Je me suis demandé ce que c’était que cette vidéo à 1200 vues… ce que c’était que ce bonhomme qui se filmait lui-même dans son appartement pour parler de voie spirituelle… J’ai abordé la vidéo avec un apriori négatif. Quoiqu’il en soit, j’ai été assez curieux pour poursuivre le visionnage jusqu’au moment où vous avez fait le geste de retourner le regard.

Il était alors presque minuit.

Ce dont je me souviens facilement c’est que j’ai fondu en larme et que cela a duré au moins une demi-heure. C’est l’élément le plus facile à décrire. Ensuite… Il y a eu ce grand bonheur. Je dis grand sans qu’il soit extraordinaire. Un bonheur très ordinaire, doux, intense et très sincère.

Ce que je peux décrire également, c’est cette découverte au-dessus des épaules. A la place de la tête. Ou en arrière de la tête. Un grand espace. Une impression de décollement de la conscience. Léger. L’idée qu’il y avait désormais un deuxième plan plus en arrière. Il y avait une « vision de derrière ».

Le lendemain et les jours suivants, j’ai eu conscience de la « vision de derrière » presque toute la journée même si l’intensité de ce regard n’était pas permanent. C’était comme si j’étais une caméra. L’impression d’être passé d’une petite télévision à un très grand écran à 180°. C’est l’aspect le plus prégnant. Je voyais grand. Je me voyais en train de voir.

Un autre point était que je me suis senti plus ouvert aux autres. A mes collègues, à mes neveux. J’ai eu envie d’exprimer ma compassion envers des gens qui me donnaient peu de nouvelles et à qui j’aurai eu tendance à en vouloir pour cela. Je ressentais aussi un grand attendrissement envers des gens qui m’avaient réellement blessé ou trahi par le passé.

Dans les notes que j’ai prises cette semaine là, j’ai retrouvé cela:

            « Cette sérénité est aussi je pense la conséquence de mon travail d’observation de mes       émotions et d’acceptation du réel (suite aux lectures de Prajnanpad, Dejardins) ».

Je n’en suis plus du tout certain aujourd’hui.

J’avais également noté que ma femme, avait remarqué un sourire léger sur mes lèvres. Elle m’a dit alors: « Comme si tu préparais une surprise ou que tu étais simplement content ». 

Je me sentais très heureux de micro-événements, comme si tout était finalement là :  Voir le jardin. Regarder et entendre mes filles jouer. etc…

Les larmes du 23 mai (vidéo La voie spirituelle) sont revenues le 24 mai à l’écoute de votre méditation les yeux fermés (que je retrouverai ensuite dans vos exercices de spiritualité) et me montent aux yeux plusieurs fois par jour.

L’idée d’une méditation permanente me suivait instinctivement depuis mes séances au centre bouddhiste. La voie sans tête reprend exactement cette idée. Cela me paraissait très difficile (impossible ?) à réaliser quelques temps auparavant. Il fallait, comme pendant la méditation d’attention sur le souffle que je revienne encore et encore à l’idée d’être présent, comme spectateur. En « forçant » je tenais mon attention qui glissait forcément à un moment ou à un autre.

Lors de mon petit éveil, c’était tout à fait faisable. Je notais alors :

            « J’imagine (sans certitude) que je pourrais rendre absolument permanente la vision en    exerçant mon attention. Comment? Peut-être en méditant sur le souffle ? Ou simplement en      me regardant voir. Ce qui semble dans mes cordes. »

Au centre bouddhiste, on m’avait parlé de centre et d’ouverture. Il fallait combiner les deux. Je tentais de le ressentir en méditation en faisant un effort similaire à celui de contracter un muscle qui ne parviendrait par à maintenir sa contraction plus de quelques instants. Le ballon de présence se gonflait puis se dégonflait aussitôt. Lors de mon petit éveil, il restait plein, sans le moindre effort.

 

Cette semaine là, j’ai également ressenti un « symptôme » qui a même fini par m’inquiéter et que j’ai découvert récemment vous avoir touché également (en lisant votre dernier livre -Retour à soi-). La vision était accompagnée très nettement d’une sensation de poids dans la poitrine. Ni agréable, ni désagréable mais qui rayonnait. L’équivalent des conséquences d’une poussée d’adrénaline qu’on ressent lors d’une lecture ou du visionnage d’un film au suspens intense. Sauf que là, c’était sans interruption. Je sentais mon cœur battre fort toute la journée. J’avais déjà ressenti cette sensation dans la poitrine lorsque j’avais mes filles en écharpe de portage. Je le traduisais alors sans certitude par une sensation de « plein » mais qui tout compte fait serait plus proche de la palpitation due à l’adrénaline. La sensation s’est apaisée au bout d’une semaine alors que je commençais à me demander si cela méritait une visite chez le médecin (tendu par le souvenir de l’accident cardiaque de mon père.)

 

Deux semaines plus tard, tout était éteint. C’est assez difficile. J’ai perdu la vision exactement comme c’est décrit dans votre livre sur L’Eveil que j’ai lu cet été (ainsi que -Vivre sans tête- de D. Harding et -S’éveiller- de Steve Taylor). Lorsque la comparaison est établie avec ces jeux d’image (image d’Epinal et image brouillée). J’ai réussi à voir et à présent plus rien. J’essaie de pratiquer le retournement mais à présent, lorsque je regarde mon doigt pointer ma tête, je ne ressens rien et me trouve bien idiot de faire un geste pareil.

Par contre, parfois, lorsqu’une lecture évoque l’éveil, je caresse la grande ouverture. L’émotion monte quelques instants puis plus rien.

Je reste serein mais la sensation de manque, l’impression d’être devant la porte de chez moi sans les clefs est assez intense.

J’aimerais savoir si je parviendrai à un éveil permanent.

J’aimerais beaucoup vous rencontrer afin d’échanger sur cette expérience, mieux la comprendre et  entreprendre le chemin à faire vers cet état permanent.

Et pour finir, j’aimerai pouvoir vous remercier de vive voix pour CELA. Je suis un grand sceptique ouvert. A présent, même si je reste plein de questions sur la nature de l’éveil (psychologique, neurologique, nature de la conscience, …), je sais à présent que cela peut exister.

MERCI.

A bientôt je l’espère.

Avec toute ma gratitude.

B.

 

PS: La démocratisation spirituelle, du moins la popularisation ou vulgarisation de l’éveil (comme on dit vulgarisation scientifique) est votre œuvre. C’est un mouvement qui pourrait passer pour anodin ou microscopique mais il est en réalité un geste majeur. Il permet de se dégager du regard suspicieux qui est porté sur les chercheurs par le reste de la population. Il permet de poser cet écart (ce grand écart) entre l’honnête chercheur d’éveil et le fidèle de Raël.  Il dégage l’idée de supra naturel et installe l’Eveil dans un champ à la fois accessible d’un point de vue conceptuel, intellectuel et donc d’un point de vue pratique. Celui qui a lu Desjardins, la Bhagavad Gita ou Maitre Eckhart,… même si il est intellectuellement, philosophiquement porté sur la mystique, en garde, s’il n’est pas arrivé à vous, l’idée d’inaccessible. L’éveil ce n’est pas pour l’homme de la rue. Il pense, secrètement désolé; pas d’éveil sans grotte, pas d’éveil sans orient, pas d’éveil sans ascèse etc… et finalement pas d’éveil pour moi. L’idée et tenace et engluée jusque dans les écoles bouddhistes à Paris. « Méditez, prenez modèle sur Shakyamuni mais gardez le sens du réel: cet état n’est pas pour vous.  » Il est aussi rare que la possibilité pour une tortue de passer la tête par hasard dans un anneau flottant sur l’immensité de l’océan.

 

 

 

 

Voici ce que j’ai répondu à B.

Merci de votre témoignage. 

Il est magnifique. 

Pour revenir à cet espace ouvert, il suffit de refaire le même geste de retournement de l’attention.

En laissant de côté votre mémoire de votre premier instant d’éveil. Il ne faut pas chercher à revivre l’emotion des premiers moments. 

Là au-dessus de vos épaules, voyez-vous votre tête ? 

Non ! vous découvrez un vide éveillé, rempli du monde. 

C’est tout. 

Restez avec cela.

Et tranquillement cela va s’installer de manière permanente. 

jlr

 

 





Source link

Qu'en pensez-vous?

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Loading…

0

Le doigt pointé – Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

Big data is watching you – Jean-Noël Montagné – VOLTE & ESPACE