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Une affaire d’État La tentative de sabordage du nucléaire français, Bernard Accoyer


Une affaire d’État

La tentative de sabordage du nucléaire français

Bernard Accoyer, avec Chantal Didier

Éditions Hugo Doc, 2022, 236 pages, 16,95 €


Bernard Accoyer est un ancien président de l’Assemblée nationale ; il est maintenant président de la jeune association Patrimoine-Nucléaire et Climat (dont François-Marie Bréon, auteur de cette note, est-lui-même membre du CA). Dans cet ouvrage, B. Accoyer livre un plaidoyer en faveur du programme électronucléaire français, mais surtout dénonce ceux qui ont cherché à le dénigrer et à l’abandonner au profit du développement des énergies renouvelables.

C’est pendant les années 1970 qu’est décidée en France la construction d’un important parc de réacteurs nucléaires, sur la base d’un modèle de la société américaine Westinghouse, avec en particulier le plan Messmer en 1974. Ce sont finalement cinquante-huit réacteurs à vocation électrogène qui seront construits et exploités par EDF, avec des mises en service qui s’étalent de 1978 (Fessenheim) à 1999 (Civaux). Ce parc de réacteurs, d’une puissance cumulée de 63 GW, a fourni à la France une électricité fiable, peu chère, et dont le coût est peu sensible aux cours des matières premières. Par ailleurs, et même si ce n’était pas une caractéristique mise en avant lors de la décision de construction, l’électricité d’origine nucléaire a un impact climatique très faible, ce qui permet à la France d’avoir des émissions de dioxyde de carbone (CO2) par habitant significativement plus faibles que celles des pays comparables (mais encore beaucoup trop élevées pour stopper le réchauffement climatique). Ce sont là des avantages de l’électricité d’origine nucléaire qui sont rappelés et développés par les auteurs.

Malgré ces avantages évidents, en particulier dans le cadre de la crise climatique qui se profile, nombreux sont ceux qui ont cherché, et cherchent encore, à fermer le parc nucléaire en place et à empêcher la construction de nouvelles centrales. Avec un certain succès il faut bien le dire puisque plusieurs projets bien avancés ont été abandonnés (Plogoff, Le Carnet…), des réacteurs en fonctionnement ont été prématurément fermés sur décisions politiques (Superphénix, Fessenheim) et le projet Astrid qui mettait la France sur la voie d’un nucléaire durable 1 a été récemment abandonné. L’auteur fait une description sévère de tous ceux qui ont participé à cet affaiblissement de la filière nucléaire française, que ce soient les associations antinucléaires telles Greenpeace ou négaWatt, de nombreux politiques issus en particulier des mouvements écologistes mis à des postes de responsabilité, des agences gouvernementales telles que l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), mais aussi les fonctionnaires européens avec souvent un pilotage en sous-main par l’Allemagne. B. Accoyer apparaît bien renseigné car il décrit une multitude de ces manœuvres qui ont conduit à l’affaiblissement du programme nucléaire français qui n’a pas mis en service un seul réacteur (en France) depuis plus de vingt ans, conduisant aussi à une perte de compétences expliquant en partie les déboires successifs du chantier de l’EPR à Flamanville.

On peut regretter que l’ouvrage soit très peu référencé et que certaines affirmations sur ces manœuvres ne soient pas mieux sourcées les rendant par là-même discutables. Il oublie que l’opinion publique française a longtemps été anti-nucléaire (avec un revirement net ces deux dernières années, comme cela ressort des sondages d’opinion 2

et que les programmes politiques tenaient compte de cette opposition, ce qui n’est pas aberrant dans une démocratie. EDF et Areva ont abandonné le champ médiatique (syndrome du nucléaire honteux), laissant la place aux organisations anti-nucléaires pour porter un message anxiogène relayé par les médias, ce qui a eu un impact fort sur l’opinion publique et donc sur l’absence de décision politique. Les deux accidents de Tchernobyl et Fukushima ont bien sûr donné des éléments pour alimenter cette peur, mais les conséquences décrites étaient toujours infiniment plus graves que ce qui ressort des rapports de l’Unscear. C’est pourquoi le sujet de la communication publique aurait pu être développé dans le livre.

À noter que l’ouvrage est partiellement obsolète puisque le discours d’Emmanuel Macron à Belfort (le 10 février 2022) annonce clairement une relance du programme nucléaire français, en parallèle à un fort développement des renouvelables. On peut voir dans ce discours la mise en œuvre de ce que réclame B. Accoyer, à savoir redonner au nucléaire une image positive et relancer un programme industriel.

1 Un réacteur de type Astrid (à neutrons rapides) permet d’exploiter l’uranium de manière beaucoup plus complète que les réacteurs du parc actuel, multipliant la ressource par 100 environ. Voir plusieurs articles à ce sujet dans Science et pseudo-sciences n° 340.



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Gérard – Démunie

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