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Yogâcâra ou Cittamâtra – Non-Dualite


L’école Yogâcâra ou Cittamâtra, voie de « l’esprit-seul », alias « rien que l’esprit », « la pure conscience », fut fondée par Asanga et Vasubandhu. Elle est une école philosophique bouddhiste Mahâyâna subtile et abrupte, si bien qu’elle ne se laisse pas appréhender facilement. Le Yogâcâra énonce l’inexistence du monde illusoire et impermanent. Asanga et son frère Vasubandhu, à la fin du IVème siècle, en sont les penseurs fondamentaux. Toutes nos représentations mentales du monde dit objectif ne sont que de trompeuses constructions qui nous enchaînent à un mirage fallacieux, d’après cette vision radicale. Nous enchaînent comment? Par le désir et la peur. Tout sentiment que la plupart des spiritualités pratiques s’efforcent de neutraliser. Envisager que tous les objets et sujets désirables ou redoutables de ce monde ne sont qu’illusions, fantasmagories peut nous aider à réviser notre représentation du monde pour sortir du songe…

La doctrine du Yogâcâra, parfois nommée Vijnânavâda ainsi que Vijnaptimâtra influença toutes les branches postérieures du bouddhisme comme le fit Nâgârjuna et son Mâdyamika, voie du milieu, un bon siècle avant, en particulier les  bien postérieures voies du Ch’an et du Zen, et au Tibet celles du Vajrayana (diamant) qui donneront le Mahamudra et le Dzogchen. Il y a peut être même une génération, un terreau originel entre la voie du Milieu de Nagarjuna et le Yogâcâra. A l’opposé, nous avons le Shivaïsme Cachemirien pour qui la production de la nature est la danse de Shiva par son énergie Shakti, laquelle production impermanente peut être vécue dans un accueil naturel et non une mise à distance comme indésirable. C’est une clé cardinale que cette vision différente de la production de matière universelle. En effet, la pratique en diffère totalement, les uns vont nier ou se détourner de tout ce-qui-est pour retourner au non-être sous-jacent à toute création, alors que les autres vont jouir de la vie dans tous ses aspects, les plus colorés, PAS en tant qu’ego, cependant, nuance de taille, mais en se fondant dans le mouvement universel de la shakti. Moult mouvements spirituels promeuvent ainsi la jouissance des plaisirs des sens, de la table et de la chair, et on peut se demander si parfois, les participants d’aujourd’hui n’en oublient un peu la vision préalable dans laquelle « épouser cette jouissance. »

Asanga décrit avec précisions le cheminement vers l’Eveil par le dépouillement des objets de la conscience pour aboutir au fameux Shûnyatâ (Vide). Nous n’allons pas donner ici de détails exhaustifs du Yogâcâra, renvoyant le lecteur à l’excellent livre de Jean-Marc Vivenza « Tout est conscience », chez Albin Michel, pour les précisions, mais relever quelques idées, concepts, glanés çà et là pour stimuler la curiosité.

Sur la dualité Nirvâna et Samsara : « Ceux qui, redoutant les souffrances résultant de la discrimination de la naissance et de la mort, recherche le Nirvâna ignorent que la naissance et la mort et le Nirvâna ne doivent pas être séparés ; et comprenant que tout ce qui est objet de discrimination n’a pas de réalité (séparée), ils imaginent que le Nirvâna consiste en une annihilation des sens et de leur zone de fonctionnement. Ils ne se rendent pas compte, Mahâmati, que le Nirvâna « est » l’alaya-vijnâna (conscience indifférenciée, assimilable à l’inconscient)  où s’est produit un retournement de la réalisation intérieure. »

Que faire, que dire de la Nature? Cette production conditionnée interdit que soit prononcée une affirmation définitive et arrêtée puisque tout est soumis au changement et à l’impermanence, cela s’appliquant non seulement aux êtres et aux choses, mais également à l’essence même du monde, faisant de ce dernier l’équivalent d’une pure vacuité, qu’on ne peut ramener ou assimiler ni à la présence, ni à l’absence, apparition et disparition, réalité ou illusion ; en fait identique à rien, insaisissable, indéfinissable, in fine vide.

En résumé, il s’agit de pratiquer la non-fixation. Ça n’a l’air de rien, mais cela s’applique à tous les domaines de notre activité psychique, voire physique. Corolaire du principe d’impermanence. On ne peut juger de rien, par exemple, ce n’est pas rien!! et qui le pratique? Quand on réalise cela, il se produit comme un arrêt intérieur. On sent qu’il se passe quelque chose de pas commun. On est plus le même, voire on est plus rien d’identifiable. Ce n’est pas théorique, c’est très pratique, autrement dit. Cela vous change dans les tripes!



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