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Évolution et Création par Clau…


La théorie de l’évolution est une théorie scientifique qui apparaît d’abord en biologie, au début du XIXe siècle, avec Lamarck. Elle est reprise par Darwin au milieu du XIXe siècle. Mais elle n’est pas exclusivement propre à la biologie. Au début du XXe siècle les physiciens découvrent progressivement qu’il existe aussi une histoire et une évolution de la matière, une composition progressive de la matière, ce qui n’était pas soupçonné au XIXe siècle. Et une évolution de l’Univers, une histoire et une genèse de l’Univers. En somme le concept d’évolution s’est étendu à la totalité de nos connaissances expérimentales portant sur l’Univers, la nature et l’Homme qui vient d’apparaître en dernier.

La théorie de l’évolution, lorsqu’elle est apparue au début du XIXe siècle, en biologie, a suscité de la part des théologiens, judéens, chrétiens, catholiques, protestants ou orthodoxes, des protestations vigoureuses et souvent violentes. Jusqu’aujourd’hui on relève, ici et là, tant chez les Judéens que chez les chrétiens, une hostilité profonde, insurmontable, à l’idée, à la théorie de l’évolution.

Une fois de plus je voudrais essayer de dissiper les malentendus et les quiproquos qui existent entre les savants et les théologiens, ou leurs ouailles, à ce sujet.

La théorie scientifique de l’évolution, en tant que telle, n’est pas une théorie métaphysique. Si elle devient, si elle se transforme en théorie métaphysique, alors elle n’est plus une théorie scientifique. La théorie scientifique de l’évolution, en tant que telle, et pour nous en tenir à la théorie biologique de l’évolution, prétend que les groupes zoologiques, les espèces d’êtres vivants, sont apparus dans un certain ordre, qui va du simple au complexe, depuis les micro-organismes monocellulaires jusqu’à l’Homme, et qu’entre les groupes zoologiques, entre les espèces d’êtres vivants, il existe des liens, des liens physiques ou plus exactement génétiques.

Une comparaison fera comprendre la nature de ces liens.

Les langues française, espagnole, italienne, portugaise, roumaine et quelques autres, comportent des parentés linguistiques, des parentés de vocabulaire, de syntaxe, etc. Les linguistes expliquent ces parentés en disant que ces diverses langues procèdent ou dérivent d’une souche commune, qui est la langue latine. Ainsi s’expliquent les parentés : par une communauté d’origine historique. Si l’on n’admettait pas cette communauté d’origine, on ne comprendrait pas ces parentés. Il faudrait les mettre au compte d’un hasard prodigieux.

Cette langue latine, nous la connaissons par ailleurs, et nous connaissons quelque peu l’histoire des transformations et des mélanges qui expliquent que du latin des envahisseurs romains on soit passé au français moderne.

Le latin, le grec, le sanskrit, comportent des parentés du point de vue du vocabulaire et de la syntaxe qui ne s’expliquent que par une commune origine historique. Les linguistes ont donc forgé le concept d’indo-européen ; ils ont induit, à partir de ces parentés linguistiques, l’existence d’une langue hypothétique, dont il ne reste aucun document, et qui est l’indo-européen. Cette induction, cette hypothèse était nécessaire, car sans elle on ne comprenait pas l’existence des parentés entre le latin, le grec, le sanskrit et quelques autres langues.

Personne ne soutient que le français actuel dérive ou procède de l’espagnol actuel. Personne ne soutient que le portugais actuel dérive de l’italien actuel. Mais les linguistes prétendent que le français, l’espagnol, l’italien, le portugais actuels procèdent ou dérivent d’une souche commune, qui est précisément le latin.

Les biologistes raisonnent de la même manière. Aucun biologiste ne prétend que l’Homme actuel dérive ou procède du Singe actuel. Mais à cause des parentés anatomiques, physiologiques, et surtout biochimiques et génétiques, les biologistes pensent que l’Homme actuel et les grands Singes actuels doivent avoir, dans le passé, une origine commune.

Si l’on n’admet pas cette hypothèse, alors il faut admettre que les parentés anatomiques, physiologiques, biochimiques, génétiques entre l’Homme actuel et les Singes actuels ne s’expliquent pas. Si l’enfant d’Homme au cours de son développement dans le ventre de sa maman laisse apparaître quelque chose qui ressemble à des branchies, cela s’explique parce que de fait, en remontant assez haut dans l’histoire de la genèse du message génétique qui fait le petit d’Homme, on trouve des Poissons. Si l’on n’admet pas ce lien physique, génétique, dans le passé, dans un passé lointain, tout ce qui se passe au cours de l’embryogenèse de l’enfant d’Homme devient inexplicable.

La théorie biologique de l’évolution est donc purement et simplement une théorie qui a pour but de rendre compte du donné anatomique, physiologique, biochimique, génétique, embryologique, etc. Elle nous dit, cette théorie de l’évolution, que la main de l’Homme, le cerveau de l’Homme et tous ses organes, ont une histoire, une préhistoire, et que pour comprendre la main de l’Homme moderne, il faut remonter très haut dans le passé, jusqu’à l’époque reptilienne au moins.

La théorie de l’évolution, en tant que telle, ne se prononce ni par oui ni par non sur la question de la Création. Ce n’est pas là son affaire. Ce n’est pas de sa compétence. Savoir si l’Univers et tout ce qu’il contient est créé ou s’il est incréé, cela relève d’une analyse que jusqu’à présent on a appelée métaphysique. La biologie en tant que telle ne se prononce pas sur ce point. Les théologiens et leurs ouailles n’avaient donc pas à avoir peur.

Ils ont cependant des excuses, car il est vrai qu’au siècle dernier, et de nos jours encore, certains savants ont cru que la théorie de l’évolution expliquait tout, et qu’elle remplaçait la théorie métaphysique de la Création. Il suffit aujourd’hui de lire certains savants américains pour constater que manifestement ils prennent l’évolution pour une divinité créatrice. L’évolution est pour eux ce qu’était la déesse Ishtar pour les Sumériens et les Babyloniens.

Au XIXe siècle, s’est donc engagé le dialogue suivant, entre savants matérialistes et théologiens : Ou bien l’évolution, ou bien la Création. Les savants matérialistes préféraient l’évolution, ils rejetaient donc la Création. Les théologiens et leurs ouailles préféraient la Création, ils rejetaient donc et rejettent encore la théorie de l’évolution.

Mais les uns et les autres partaient d’un présupposé commun, à savoir : il faut choisir entre la théorie de l’évolution ou la théorie de la Création. Si l’une est vraie, alors l’autre est fausse.

C’est ce présupposé qui est faux et qui est à l’origine de la querelle qui dure maintenant depuis le début du XIXe siècle et qui n’arrive pas à s’éteindre.

S’il y a évolution, alors il y a création de nouveaux groupes zoologiques, de nouvelles espèces de vivants ; il y a, au cours du temps, création de nouveaux gènes. Seule la création de nouveaux gènes permet de comprendre le fait de l’évolution biologique ou, si l’on préfère, l’histoire naturelle de la vie.

S’il y a évolution, alors il y a Création. Car ce que les savants appellent l’évolution, de fait c’est une création de nouveaux types de vivants. C’est ce que Bergson a vu dès 1907.

La différence entre cette perspective nouvelle qui s’impose à nous de par les découvertes faites en paléontologie, en zoologie, et l’ancienne perspective qui était celle des vieux théologiens hébreux et chrétiens, c’est que, dans la perspective nouvelle, la Création s’effectue progressivement et par étapes, sur une longue durée de temps : dix-huit milliards d’années au moins pour l’Univers entier. Tandis que les anciens théologiens, par exemple saint Augustin, mort en 430, pensaient que l’Univers a été créé soit en une semaine, soit instantanément. Voilà la différence. Elle porte sur la manière de comprendre les modalités ou l’histoire ou la durée de la Création, mais non pas sur la Création elle-même.

Bien entendu, si un savant américain ou français nous dit que l’évolution s’explique par le hasard des mutations ou les erreurs de copies dans le processus d’auto duplication de l’ADN, — alors il y a conflit entre cette théorie de l’évolution et le dogme de la Création. Mais ce n’est pas la théorie de l’évolution en tant que telle qui s’oppose alors à la doctrine de la Création : c’est l’interprétation philosophique, métaphysique, de la théorie de l’évolution, par un savant qui préfère le matérialisme de Démocrite ou de Leucippe.

Si l’on n’admet pas la théorie scientifique de l’évolution, alors on est obligé d’admettre que la production des grands types d’êtres vivants, des groupes zoologiques, des espèces d’êtres vivants, est une production discontinue, et qu’il n’y a pas de lien physique, pas de lien génétique entre les groupes zoologiques qui sont apparus au cours de l’histoire naturelle de la vie. Il s’agit donc, dans cette hypothèse, et pour chaque groupe zoologique, pour chaque espèce de vivant nouveau, d’une génération spontanée d’un vivant hautement complexe à partir de la matière telle que l’étudie le physicien, la matière qui précède l’apparition de la vie.

Si l’on n’admet pas la théorie de l’évolution et que d’autre part on professe la théorie hébraïque, juive et chrétienne de la Création, alors on est obligé d’admettre que Dieu compose chaque vivant nouveau comme le potier, à partir de la matière qui est telle que l’étudie le physicien. On a donc une théorie de la Création qui assimile celle-ci à la fabrication humaine.

Ce que nous enseigne la biologie moderne, c’est que la Création s’effectue ou se réalise par communication d’information. La Création s’effectue au niveau du génotype, pour parler comme les biologistes. Dieu crée et continue de créer en communiquant une Information génétique nouvelle qu’il ajoute aux messages génétiques qu’il a créés précédemment, qu’il intègre aux messages antérieurs. C’est décidément plus intelligent que de recommencer à zéro pour chaque nouveau type de vivant, pour chaque nouveau groupe zoologique, pour chaque espèce nouvelle.

Extrait de La Voix du Nord, 20 août 1981



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