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Yoga de l’émerveillement


peinture de Charles E. Waltensperger

Dans sa Grande méditation sur la Reconnaissance du Seigneur, Abhinava Gupta explique en quoi consiste l’émerveillement : 

camatkāritā hi bhuñjānarūpatā svātmaviśrāntilakṣaṇā 
sarvatra icchā | kvacittu svātmaviśrāntirbhāvāntaramanāgūritaviśeṣama-
pekṣya utthāpyate yatra sā icchā rāga iti ucyate, āgūritaviśeṣatāyāṃ tu 
kāma iti | 

« S’émerveiller/se délecter (camatkâra), c’est être en train de savourer, ce qui se reconnaît au fait que l’on s’absorbe en soi-même (sans plus faire attention à rien d’autre). C’est un désir de tout. Mais parfois, cette absorption en soi surgit en relation avec un phénomène distinct, (mais) qui n’est pas désiré distinctement. Dans ce cas, ce désir est appelé ‘désir passion’ (râga). En revanche, si cet objet est désiré distinctement, on parle de ‘désir amoureux’ (kâma). » (vol. III, p. 252)

Camatkâra est un terme très difficile à traduire. Il vient du vocabulaire de l’esthétique. Il désigne, littéralement « l’acte de faire ‘slurp’ (avec la langue) ». Donc l’acte de savourer, de se délecter. C’est aussi le fait de s’étonner, de s’émerveiller devant un spectacle inhabituel. Et, selon le shivaïsme du Cachemire, cet émerveillement est le fond le toute expérience, même de la douleur. 

Et c’est une conscience pleine de soi comme absolue liberté créatrice, et c’est ce « désir de tout », ce désir pur, sans objet distingué, ce fond de passion (râga) muette qui caractérise toute expérience, ce miracle d’être, ce prodige de se réaliser instant après instant et de se désirer dans des créations limitées, comme si l’océan aspirait à entrer tout entier dans une goutte. C’est aussi, dit Utpala Deva, un désir pur, sans objet qui définit l' »impureté subtile » ou « individuelle », qui se manifeste par un désir insatiable, un désir infini qui est désir de l’infini, que rien de fini ne peut finir. C’est la plus subtiles des trois « impuretés », les deux autres étant la dualité sujet-objet et le karma. Cette impureté est ce qui engendre une certaine agitation intérieure, même quand tout va bien. Un désir de je-ne-sais-quoi, un manque indicible, qui ne se laisse pas définir. 



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