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L’individuel et le particulier…


Traduction libre

La question est celle de la fin de la particularité de la personnalité, et de l’émergence de l’individualité. Nous devons différencier la particularité de la personnalité de l’unicité de l’individualité.

Nous nous efforçons de trouver les mots pour communiquer avec vous et les mots ne sont peut-être pas adéquats, il n’y a rien de préparé d’avance, ici. Nous partageons avec vous ce que nous avons appris au cours de l’année écoulée après notre rencontre ici.

Il me semble que la structure physique est régie par les lois de la nature, par les lois qui régissent la matière — mais en plus des lois naturelles de la naissance, de la croissance, de la décroissance, de la mort qui ont lieu dans l’espace et le temps, la race humaine a conditionné le système neurochimique du corps en créant un monde conceptuel.

La perception est une activité biologique. Avec l’observation, les yeux perçoivent, les oreilles entendent. Ce sont des activités biologiques involontaires. On ne se réfère pas ici au contenu de la perception, au mouvement de la perception ou de l’audition. Mais en plus de ces activités involontaires, l’homme a créé un monde conceptuel par la culture et la civilisation. Il a créé un concept, une idée sur ce qui est perçu, ce qui est entendu — une tentative a été faite pour interpréter la perception et l’audition.

Dans le corps, le système neurochimique a été entraîné, a été conditionné. On lui a donné un cadre logique. L’humanité a créé des lois de causalité similaires aux lois de la nature biologique. L’esprit ne peut penser qu’en termes de cause et d’effet. Il ne peut pas penser autrement que dans le cadre du temps psychologique, de la séquence, de la continuité. Il a réduit les perceptions à des théories et à des conclusions, en leur donnant un caractère définitif. Chaque culture a créé un cadre distinct de théories sur la vie, de normes et de critères de comportement.

Il existe donc un esprit humain racial collectif où le système neurochimique contenant le mouvement des pensées et des émotions a été conditionné et programmé pour réagir aux mots et aux situations, pour réagir aux perceptions et aux actions des autres personnes de manière particulière. Ce que vous appelez « personnalité » est le développement habile de ces modèles de comportement. Avec un petit choix ici et là, avec une sélection esthétique ici et là, vous absorbez, assimilez, cultivez et développez ce que l’on appelle la « personnalité ». Une « personnalité », une particularité de votre comportement psychologique, est une manifestation de ce conditionnement collectif.

Vous savez que l’esprit humain est organisé, standardisé, enrégimenté au nom de la religion, de la science, de la sociologie, de l’économie, de la politique.

Vous voyez donc que nous, les êtres multidimensionnels, sommes conditionnés à différents niveaux et de différentes manières. Le corps biologique, le corps physique a une identité, il a une continuité dans l’espace et le temps — le nom et la forme perdurent. Maintenant, nous avons imaginé une entité psychologique. Autant que nous le sachions, il se peut qu’il n’y ait pas d’entité psychologique. Mais nous en avons imaginé une et, comme nous devons utiliser les mots « Je », « Tu », « Ton », « mien », « Son », « Sa », etc. pour des raisons de commodité de communication, nous avons transféré l’idée d’une identité et d’une entité particulières au monde psychologique. Mais cela nous a fait croire qu’il existe une entité psychologique, alors qu’en réalité, ce n’est que le système neurochimique qui a été organisé, standardisé, enrégimenté, programmé pour se comporter d’une manière particulière — la manière hindoue, la manière musulmane, la manière catholique, la manière communiste. Et ça se déplace automatiquement, mécaniquement. Cela a évolué de cette façon et nous héritons de ces comportements de nos parents, de la caste, de la communauté. Voyez-vous toute cette programmation semblable à celle d’un ordinateur ?

On disait donc : il y a une personnalité sur le plan psychologique qui est une expression ou une manifestation particulière du comportement humain collectif, organisé, standardisé, mais il n’y a rien d’individuel là-dedans. L’unicité de l’individualité n’est pas possible au niveau mental.

Si ce mouvement de la structure de la pensée — qui fonctionne à travers le système neurochimique, c’est-à-dire à travers les nerfs, la chimie du corps, les muscles et les glandes — est autorisé à se détendre complètement pendant les heures de veille, et comme le corps est complètement détendu pendant le sommeil, alors avec l’absence de contenu de la conscience, avec le vide de la conscience, le silence a l’occasion de manifester les énergies inconditionnées. (Si vous rejetez ou niez les conditionnements, il y aura de la licence, il y aura de la primitivité dans le comportement. Le rejet n’est pas la relaxation).

Si le mouvement de la structure de la pensée est autorisé à se détendre et que tout le contenu créé par la culture humaine passe à l’inaction, alors dans le silence, la totalité inconditionnée de l’énergie commence à se manifester.

L’individualité est la manifestation de la totalité non différenciée. Veuillez voir cela. Il n’y a rien de collectif là-dedans, car il n’y a pas de contenu humain — créé, sophistiqué, cultivé par la race humaine. Tout cela est en suspens, en non-action.

Ainsi, l’énergie totale — non différenciée tel que le physique et le psychologique, non fragmentée tel que l’individuel et le collectif — commence à se manifester dans ce corps particulier.

S’il n’y a pas d’esprit individuel et qu’il n’y a qu’un courant de conscience collective humaine, où est l’individualité ?

L’individualité est ce qui ne peut être divisé ou ce qui ne peut être fragmenté. Au niveau mental, nous sommes fragmentés. Il n’y a pas d’individualité au niveau mental. C’est seulement au-delà du mental qu’il y a une individualité. Au niveau mental, il peut y avoir des particularités. Vous pouvez avoir vos modes particuliers d’expression mentale, d’expression psychologique, et une autre personne peut avoir ses modes bizarres. La bizarrerie, la particularité ne signifie pas l’individualité.

Il y a une particularité sur le plan physique et il y a la manifestation de la conscience collective humaine sur le plan psychologique. Il n’y a pas d’individualité sur le plan mental. Il n’y a rien qui ressemble à un esprit individuel. Il y a une expression particulière de la conscience collective humaine. Cette particularité n’implique pas l’individualité.

Qu’est-ce que l’individualité ? L’individualité est une totalité condensée. Elle est indivisible, non fragmentée. Elle est unique en son genre. L’individualité est au-delà de l’esprit. Quelle est l’essence de cette individualité, où aucune division n’est possible, où aucune fragmentation n’est possible ? Un individu est une totalité individualisée. Une totalité individualisée comme une goutte dans un océan individualisé. Est-ce que j’ai du sens ?

Maintenant, quand je dis qu’il y a une particularité, mais pas d’individualité au niveau mental, qu’est-ce que j’entends exactement par là ? Je n’émets pas de théorie, je partage simplement mes perceptions, je peux me tromper, mais c’est ce qui se passe à l’intérieur et j’essaie de le verbaliser.

La totalité de la connaissance et de l’expérience humaine contenue dans votre corps est devenue particulière. Vous êtes une manifestation particulière de cette connaissance et de cette expérience. Une particularité que vous ne pouvez éviter. Nous allons utiliser certains termes avec beaucoup de précautions et pourtant, j’aimerais partager quelque chose de très intéressant.

La particularité n’implique pas l’individualité. Si vous vous souvenez, on a dit que l’individualité est au-delà de l’esprit. Au niveau mental, il y a une particularité. Nous sommes une manifestation particulière de la structure de pensée collective créée, cultivée et raffinée par l’ensemble de la race humaine. Le matériau à partir duquel la structure est créée est le même pour toute la race humaine. Les sentiments, les instincts, les tendances, les aptitudes, les modèles de réactions sont les matières premières. Et comme pour la minuscule puce de silicone, où vous pouvez y introduire des milliers d’éléments de connaissance et de mémoire, de la même manière, cette connaissance et cette mémoire ont été introduites dans le corps humain. Cela va donc bouger. Ouvrez les yeux et la vue va toucher la forme. Dès que la vue a touché la forme, l’objet, la mémoire qui vous a été transmise, va faire apparaître un mot associé à cet objet, et le processus de dénomination va avoir lieu, le processus d’identification va avoir lieu. Selon votre culture particulière — qu’elle soit hindoue, musulmane, chrétienne, américaine ou anglaise —, il y aura des réactions. Les modèles de réactions sont également introduits dans le système. Le processus de dénomination, d’identification, de reconnaissance et de réaction émotionnelle va donc se dérouler. C’est un processus matériel. Toute pensée est un processus matériel. Mais ce qui en est créé, c’est le penseur, le connaisseur, l’expérimentateur en tant qu’entité permanente. Et c’est là que les problèmes commencent.

De même que vous construisez une voiture Ambassador ou Maruti ou que vous achetez une voiture Maruti — il peut y avoir des milliers de voitures Maruti ; votre voiture est un cas particulier parmi ces milliers. De la même manière, la structure psychologique qui fonctionne à travers vous est une manifestation particulière du processus total et collectif de la pensée.

Nous disions l’autre jour qu’il n’y a rien de tel qu’un esprit individuel. La particularité a ses répliques, comme les millions de téléviseurs, les postes de radio selon leur marque, mais il n’y a pas d’individualité dans ce téléviseur ou ce poste de radio particulier, elle est partagée par des milliers et millions d’autres appareils. C’est ce que j’appelle la particularité.

Il peut y avoir de légères différences dans les êtres humains, dans la structure humaine en fonction des idiosyncrasies et des spécificités physiques et psychologiques, mais nous essayons de greffer sur la particularité un concept de personnalité. La particularité, la personnalité sont des concepts du niveau mental. L’individualité est quelque chose d’unique. On dit que Bouddha était un individu, il avait transcendé la périphérie de la particularité. Vous ne pouvez donc pas répéter Bouddha. Un Krishnamurti ne peut être répété. Un Ramana ne peut être répété. Ils étaient des individus. Dans la transcendance de la particularité, il y a une émergence de l’individualité.

Une personne qui se transforme est souvent décrite comme se fondant dans l’unité. À première vue, il semble que la fusion dans l’unité et l’émergence de l’individualité s’opposent l’une à l’autre. Comment la fusion et l’émergence se complètent-elles ?

En fusionnant dans l’unité — La personnalité fusionne, disparaît, la particularité s’estompe.

La fusion et l’émergence sont de simples mots destinés à indiquer la différence qualitative dans la conscience. Dans la non-action du particulier se trouve la manifestation de la Totalité.

L’accent mis sur le « je » et le « moi » disparaît. Le mouvement de la vie et du vivant est mis en évidence. L’expérience subjective et la valeur psychologique qui lui est attachée sont remplacées par une approche objective des événements et leur appréciation dans le contexte de l’ensemble.

Le soin et la préoccupation pour le physique deviennent aussi précis qu’ils peuvent l’être, sans qu’il soit nécessaire d’en faire un drame psychologique. L’individualité est alors l’essence de la Totalité, manifestée à travers la structure psychophysique particulière. Sans avoir le sentiment de la posséder. L’unicité et l’homogénéité de la totalité de la vie sont manifestées par cette structure dans le temps et l’espace.

Les mots sont si limités, ils sont un jouet de l’esprit humain, ils ne peuvent contenir la totalité de la vie.

Le relâchement volontaire de l’énergie conditionnée, le relâchement volontaire de ce que vous appelez la personnalité, le relâchement volontaire de toute la structure de pensée, pourrait être appelé, ou aurait pu être appelé par certains, comme la « fusion » de l’individu dans la totalité. Même le mot « fusion » n’est pas satisfaisant. Il n’y a pas d’effort conscient pour se fondre dans quelque chose. Tant qu’il y a un effort, il y a un centre qui fait un effort. Nous parlons de relaxation. La relaxation est l’absence d’effort, l’état sacré de la volonté sans effort. Aucun effort dans quelque direction que ce soit. Tant qu’il y a la conscience d’une direction à prendre, et une motivation à quitter ce qui est, il ne peut y avoir de relaxation.

Ainsi, par le terme « fusion », Vimala entend au moins la relaxation volontaire, la relaxation volontaire sans effort. Ce n’est que dans l’état d’absence d’effort que tous les conditionnements incorporés dans le système neurochimique deviennent inopérants. Tant qu’il y a une attente, tant qu’il y a un effort, il y a l’appréhension de l’attente. Tant qu’il y a une motivation, il y a le sentiment d’une direction — il y a le désir d’obtenir. Ainsi, tous les conditionnements contenus dans le système neurologique et chimique sont voués à fonctionner. C’est l’ensemble du passé qui fonctionnera.

Pour l’oratrice, « fusionner » n’implique pas l’effet d’une action ou d’un mouvement particulier. Le contenu serait la relaxation. Le mot « fusion » n’est peut-être pas adéquat à utiliser, on pourrait peut-être utiliser le mot « manifestation ».

Dans la fin du mouvement du particulier se trouve la manifestation de la totalité, et alors la personne devient une expression condensée de la totalité.

Quelqu’un a demandé : « Quelle est la différence entre l’individualité et la créativité ? »

Je me demande si l’un d’entre vous a déjà remarqué que la vie est un mystère. Je me demande si vous avez ressenti la plénitude de la Vie à travers les innombrables variétés d’expression. La créativité infinie contenue dans la force de la Vie est sacrée, est sainte. La vie, me semble-t-il, est une créativité infinie. La matière et les innombrables formes de la matière contiennent cette énergie créatrice de la Force de la Vie. Avant que la race humaine n’habite la planète, la créativité infinie, la mystérieuse homogénéité et la plénitude de la Vie ont permis au cosmos de se maintenir, de se recréer de temps en temps. La race humaine a essayé de canaliser l’énergie créatrice contenue dans la matière, à l’extérieur du corps humain, ainsi que l’énergie créatrice contenue dans la matière de sa propre structure physique. Elle a essayé de créer une direction pour diriger le flux de cette énergie, en le conditionnant. La totalité de la vie n’a pas de direction, elle n’a pas de but en dehors d’elle-même. Le mouvement de la totalité de la vie n’a pas de mission, pas de but. Elle est, parce qu’elle est.

La race humaine a essayé de canaliser et de conditionner l’énergie créatrice. Grâce au processus de conditionnement, la race humaine est parvenue à créer la culture et la civilisation, le langage et la philosophie. Ce processus de conditionnement a développé ce que vous appelez la structure de la pensée. L’énergie de la pensée est contenue dans les cellules du corps humain sous le contrôle des cellules du cerveau.

Au cours du processus de conditionnement, l’idée d’une entité distincte, le « moi », le « je », l’« ego » a été créée. Employer cette entité conceptuelle dans le but de communiquer, d’échanger et de partager a sa propre utilité, sa propre pertinence. C’est utile dans un sens très limité. Lorsque le résultat de ce processus de conditionnement — l’idée d’une entité séparée de la totalité de la vie — dépérit, disons dans le vide du silence, alors la force de vie de la totalité, la créativité de la totalité, commence à se manifester, d’une manière totalement inconditionnée, à travers la forme de la personne. Lorsque le mouvement de l’énergie de la pensée conditionnée s’apaise et devient inactif, le mythe de l’entité et de l’identité séparées n’existe plus.

Pour avoir une relation, il faut l’existence séparée de deux entités. Dès que le mythe du « moi » séparé est détruit, on voit qu’il n’y a pas deux entités. Il existe la forme du corps humain, mais la forme du corps humain n’implique pas l’existence d’une personne. La forme contient l’impersonnalité de la Vie. Elle devient un récipient pour la créativité de la Vie totale. Elle devient un conteneur de la totalité de la Vie — non conditionnée, non moulée, non façonnée, non polluée par l’esprit humain. Il n’y a pas de relation.

S’il vous plaît, n’imaginons pas que dans le royaume de ce silence sacré, avec la fin de l’élan de l’énergie conditionnée, il y ait une entité séparée ou nouvelle. Bien que nous devions utiliser le mot « individualité » pour évoquer la nature de cette plénitude, la nature inaltérable de cette plénitude, soyons très clairs : il n’existe aucune entité que vous pourriez appeler individuelle. Nous utilisons le mot « individuel » et « individualiste » pour le distinguer du concept de personnalité et du fait de la particularité qui existe au niveau mental.

Dans le vide sacré du silence, coule la Force de Vie, la créativité infinie sous la forme du corps humain, sans aucune résistance de la part de n’importe quelle partie de cet être. D’ordinaire, lorsque la créativité de la totalité ou de la plénitude murmure dans nos cœurs, il y a une résistance. Le « je », le « moi » qui prend des airs de sagesse, de connaissance et d’expérience, réplique à la sagesse de la Créativité et dit : « Ce que vous suggérez n’est pas pratique. Ce n’est pas adaptable dans ma vie sociale, dans ma vie familiale ». Vous savez, la sagesse de la créativité, la sagesse de la totalité devient audible dans notre vie à vous et à moi, aux gens ordinaires, dans la vie de tous les jours, mais il y a une résistance — « ce n’est pas utile, ce n’est pas pratique, cela ne peut pas être mis en œuvre immédiatement » — vous savez la résistance que nous opposons à la voix intérieure. Alors, elle n’a pas le champ, l’espace pour s’activer et pour mobiliser tout l’organisme humain afin de manifester son activation.

Lorsque l’élan de tout le passé humain prend fin et qu’on est libéré, pour ainsi dire, de la prison du « moi » en tant qu’entité séparée, alors la créativité de la totalité de la vie peut manifester son activation et traverser toutes les couches de cette forme humaine sans aucun obstacle. L’idée du « moi » et l’identification à cette idée constituent la plus grande obstruction au flux de la créativité, au flux de l’innocence dans notre vie.

Dans le silence, l’innocence règne en maître. Dans le vide du silence, il n’y a pas d’obstruction de la part de la connaissance, de la mémoire. Il n’y a pas de résistance du « Moi » qui introduit le temps psychologique et dit à l’énergie créative « Pas maintenant, demain, l’année prochaine ». Le « Moi » arrête le flux de la créativité et veut l’adapter, le couler dans le moule des normes sociales et des structures de valeurs. Il ne reste alors que les cendres de la créativité que le « soi », le « moi » tient dans son poing et dit : « J’ai eu une inspiration, j’ai eu un aperçu ». Il veut s’accrocher à cette expérience.

L’individualité et la créativité ne sont pas deux entités distinctes. L’individualité est en réalité l’essence de la totalité, l’essence de la plénitude, l’essence de ce mystère qui ne peut être saisi dans le cadre de la logique humaine. Il ne peut être analysé, c’est pourquoi nous l’appelons un mystère. Il ne peut être mesuré par aucun critère créé par la pensée humaine, c’est pourquoi nous disons qu’il est imprévisible. Il est imprévisible, c’est pourquoi nous l’appelons une force non rationnelle. La créativité n’est pas une force rationnelle, elle n’est pas non plus irrationnelle. C’est une force non rationnelle. J’espère que vous n’avez pas l’impression que ce ne sont que des mots. Les mots ne font qu’indiquer, ils n’ont que le pouvoir d’indiquer le fait ; et les mots qui sont articulés ici sont des indicateurs de certains faits subtils de la vie. Avec l’aide de ces mots, on doit voir les faits simultanément et, aussi raffinés que soient les mots que vous pouvez utiliser, aussi difficiles que soient vos efforts pour trouver des mots qui ne sont pas chargés de significations finement ciselées et alourdis de traditions, les mots sont toujours très faibles.

Il peut y avoir une communion avec la totalité, avec la plénitude homogène de la Vie. On peut ressentir ce mystère, on peut ressentir le parfum de ce caractère sacré, mais le caractère sacré ne peut être verbalisé. Et le mystère de la plénitude ne peut être découvert par des mots. La vie est un mystère.

Les mots ne peuvent pas toucher l’essence de ce mystère. C’est seulement la sensibilité stimulée par le vide du Silence qui ressent la présence du mystère de la Vie. Vous savez que la pensée n’est que matière et elle est donc grossière. La pensée ne peut pas ressentir le mystère, le caractère sacré. La pensée est déjà corrompue par les motivations humaines et c’est pourquoi la race humaine a fait des efforts futiles au cours des siècles passés pour imposer une direction au mouvement de la vie, et imposer un but à la force de la vie, imposer un but à la créativité. Pourquoi diable devrait-il y avoir des directions, des buts, des missions, des responsabilités — tous ces concepts, aussi pertinents soient-ils, ne font qu’ajouter à la gigantesque prison qu’est la structure de la pensée ? Sans cette structure, ces concepts n’ont aucun sens.

Alors, quand on a essayé de distinguer l’unicité de l’indivisible et sa qualité non fragmentable, on l’a appelé « individualité » et on a dit que nous ne sommes pas des individus au niveau mental. Nous sommes comme les ordinateurs, ou comme les voitures qui sont produites à l’échelle de la masse — conception particulière de la culture particulière — et donc chaque forme a sa propre particularité. La particularité de la personnalité ne compose pas ce que vous appelez l’unicité de l’individualité. Nous ne sommes pas des individus, nous sommes des échantillons du conditionnement collectif. Nous sommes des expressions du conditionnement collectif humain, de la standardisation, de l’organisation et ainsi de suite. La civilisation et la culture humaines attendent que chaque être humain cultive sa personnalité, se sophistique, s’enrichisse et qu’il développe ses talents particuliers. C’est ce que l’on attend de vous. La science de la psychologie, les structures économiques, politiques et sociales — vous gardent occupés. Vous vous déplacez dans le cadre de cette structure de pensée, et si vous n’aimez pas une particularité, une forme, vous passez à une autre. Mais vous continuez à vous déplacer sur la périphérie du devenir, à vous déplacer dans le processus de conditionnement. Cela vous oblige à faire des efforts et encore des efforts, toute votre vie. D’abord l’effort pour gagner votre vie, puis l’effort pour devenir illuminé, éveillé, transformé. Mais au cours de ce processus, vous ne quittez pas la périphérie de la pensée, vous ne quittez pas le centre du « moi ». Vous passez du centre à la périphérie, vous revenez et repassez par la circonférence. Vous continuez à vous déplacer sur la circonférence — en boucles.

Si l’on réalise cela et que l’on permet à tout cet élan de la structure de pensée de tomber dans la non-action par la non-identification à chaque mouvement du « moi », alors l’unicité de l’individualité s’épanouit dans le sol de ce vide. En d’autres termes, la créativité infinie de la force de vie se manifeste sous la forme de cet être humain.

La créativité, l’énergie créatrice dont vous parlez est-elle contenue dans les parties inutilisées des cellules du cerveau ? Est-elle à l’intérieur de la personne ou se déverse-t-elle dans l’être de l’extérieur ?

Il est désormais bien connu, pour les personnes qui se tiennent au courant de ce qui se passe dans les sciences, que le cerveau humain n’est pas utilisé dans sa totalité. Seules le sont certaines parties. Ainsi, comme le soulignait mon ami, il y a peut-être des parties inutilisées du cerveau et peut-être y a-t-il des parties inutilisées dans chaque cellule du cerveau et des parties inutilisées dans d’autres organes du corps également. Vous et moi n’utilisons pas toute l’énergie contenue dans tous les organes du corps. Par exemple, lorsqu’une personne étudie le yoga, le même organe humain commence à manifester infiniment plus d’énergie, de puissance, d’endurance. L’étude du yoga, qui est un processus de purification, active les énergies inutilisées dans l’organe.

L’énergie inutilisée contenue dans chaque cellule du cerveau, dans les cellules sanguines, dans chaque cavité du corps, dans les différentes parties du corps, s’active avec la fin du mouvement de l’énergie conditionnée dans le silence, dans cette relaxation totale. Et lorsque la forme est chargée de l’activation de l’énergie créative, contenue dans cette forme limitée, elle attire, comme un aimant, l’énergie créative existant dans le vide de l’espace environnant. Quand il n’y a pas de résistance, quand l’extérieur et l’intérieur n’indiquent aucune division, alors la forme devient quelque chose de transparent. L’énergie extérieure et l’énergie intérieure, peut-être fusionnent-elles. Cela semble si abstrait, mais ce n’est pas le cas.

La division créée artificiellement — la division psychologique de l’intérieur et de l’extérieur, du particulier et de la totalité — cette division prend fin avec la fin du mouvement de la pensée. Alors, la personne est comme une goutte d’eau dans l’océan. Où sont alors l’extérieur et l’intérieur ?

Nous avons dit que la plénitude de la Vie traverse chaque manifestation. Dès que l’idée de division que la structure de pensée a créée — du « moi » et du reste de la vie, du « moi » en tant qu’entité séparée en dehors de la vie — tombe, alors il y a la totalité. Dès que vous comprenez son caractère artificiel, elle disparaît.

La forme humaine est la manifestation de la totalité inconditionnée, entourée par la totalité. Un mélange ou une fusion des énergies a donc lieu et vous savez alors que, dans cette personne, dans cette forme, il y a un mouvement de la connaissance sans connaisseur. Il y a le mouvement de la pensée sans penseur. Il y a la manifestation de la totalité sans le centre. N’imaginons pas qu’en utilisant le mot « individualité », nous impliquons une nouvelle entité comme le super-soi, le super-ego ou l’Atman.

C’est un être sans entité, un être sans identité. C’est l’impersonnalité de la vie, la vie libérée du centre qui vibre à travers cet être. Le flux de la créativité à travers la chair et les os de cet être humain est appelé par nous Amour.

La créativité et l’amour sont indissociables. L’amour est l’énergie de cette créativité. Une énergie sans centre. Une énergie sans direction et sans motif. L’amour n’a aucun motif, n’est-ce pas ? L’amour n’a pas de motivation. Comme il n’y a pas de centre, il n’y a rien à gagner et rien à perdre. L’attachement a un centre, le renoncement a un centre. L’amour est un mouvement de la créativité sans centre, sans direction, sans but. Un tel être humain n’a ni mission ni responsabilité. Il est évident que l’amour n’a pas de mission, comme la plénitude de la Vie n’a pas de but ni de mission. Nos esprits sont encombrés de ces idées de mission, de responsabilité, de motivation, de but et il existe une absence magnifique de toutes ces choses encombrantes. Ainsi, une telle personne vibre du parfum du sacré.



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