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Le cerveau et la conscience pa…


Le cerveau de l’Homme est aujourd’hui le système le plus complexe que nous connaissions dans l’Univers. Il est vrai que nous ne connaissons, dans l’Univers, aujourd’hui, du point de vue biologique, que les systèmes, les êtres vivants apparus dans notre minuscule système solaire. Or nous savons que notre seule Galaxie comporte environ cent milliards d’étoiles plus ou moins semblables à notre Soleil : il peut donc exister des milliards de systèmes solaires dans notre seule Galaxie. L’Univers est constitué de milliards de galaxies plus ou moins semblables à notre propre Galaxie : il peut donc exister dans l’Univers des milliards de milliards de systèmes solaires, et dans chacun d’entre eux la vie et la pensée peuvent être apparues. Nous n’avons à cette heure aucune trace expérimentale certaine de l’existence d’autres systèmes solaires habités dans l’Univers, mais a priori la probabilité est en faveur de l’hypothèse d’une pluralité de systèmes solaires habités. L’hypothèse la plus improbable, a priori, est que la vie et la pensée ne soient apparues que dans notre propre système solaire, dans notre propre Galaxie. C’est l’hypothèse de l’enfant d’un village perdu qui s’imagine que son village est le seul village au monde.

L’invention du cerveau de l’Homme moderne date de quelques dizaines de milliers d’années, entre 50 000 et 100 000 ans selon les datations proposées par les paléontologistes spécialistes de l’anthropogenèse. Mais la formation ou l’invention du cerveau de l’Homme n’a pas été un processus instantané. Ce fut un long travail dont on peut suivre l’histoire en étudiant les cerveaux des animaux disparus. Colette Dechaseaux a publié, il y a quelques années déjà, un bel ouvrage intitulé précisément : Cerveaux d’animaux disparus (éd. Masson, 1962). Cette étude, cette discipline nouvelle s’appelle la paléoneurologie. Elle ne date, en fait, que de 1948. C’est Mademoiselle T. Edinger qui publia en 1929 les premiers travaux consacrés à l’histoire des Cerveaux fossiles. Mais c’est seulement en 1948 que T. Edinger publia ses travaux sur l’histoire et l’évolution du cerveau du Cheval, sur une durée de cinquante-cinq millions d’années environ. Pour la première fois, les transformations de la morphologie du cerveau étaient suivies le long d’une série phylétique indiscutable, interprétées par comparaison avec le cerveau du genre le plus ancien de la série et avec le cerveau du genre le plus récent.

Tous les Vertébrés, du plus primitif au plus évolué, du Poisson vieux de quatre cents millions d’années à l’Homme moderne, possèdent une moelle contenue dans le canal médullaire et un encéphale renfermé dans la cavité cérébrale. Qu’il appartienne à un Poisson, à un Amphibien, à un Reptile, à un Oiseau ou à un Mammifère actuel, l’encéphale est composé des mêmes parties : la moelle (le bulbe rachidien), le cervelet, les lobes optiques chez le Poisson, l’Amphibien, le Reptile, les tubercules quadrijumeaux chez quelques Mammifères, les hémisphères cérébraux, les bulbes olfactifs. Et cependant il existe une grande différence entre tous ces cerveaux. Parmi les constituants de l’encéphale, les hémisphères cérébraux ne représentent qu’une toute petite partie du cerveau chez le Poisson, tandis que, au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des Vertébrés, au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire de l’évolution, ils sont de plus en plus importants. Avec l’Homme les hémisphères cérébraux finissent par constituer la plus grande partie de l’encéphale.

Madame Colette Dechaseaux, dans le savant ouvrage que nous avons cité, fait remarquer cette chose curieuse : d’une façon générale, le cerveau paraît poursuivre son évolution indépendamment du squelette et de la dentition, demeurant constamment « en retard », dans la majorité des cas, sur eux. Et si d’aventure un cerveau est très évolué, « en avance » sur ceux de la majorité des Mammifères contemporains, la forme qui le possède est proche sinon de son extinction, du moins de son déclin.

Comme chacun sait, l’Homme est un Mammifère et dans le monde animal c’est aux grands Singes — Gibbon, Orang, Chimpanzé, Gorille — qu’il ressemble le plus. Comme eux il a gardé dans sa morphologie des traits archaïques : il a cinq doigts à la main et au pied. Bien peu de Mammifères ont encore ce nombre qui est celui des premiers Vertébrés terrestres. Ses dents manifestent un dessin qui était réalisé depuis l’ère tertiaire. Il se distingue des grands Singes par la station droite et par la taille de son cerveau.

Les grands Singes actuels, le Chimpanzé, l’Orang-outan, le Gorille, ont des capacités crâniennes moyennes qui tournent autour de 400 cm3, 440 cm3, 540 cm3. L’Australopithèque, ou plus exactement les divers Australopithèques qui apparaissent en Afrique australe, au Kenya et dans la région du Tchad, ont une capacité crânienne, établie par la méthode des moulages endocrâniens, qui oscille entre 450 cm3 et 700 cm3. Ils sont apparus il y a plusieurs millions d’années. Les Archanthropiens, c’est-à-dire les Pithécanthropes de Java et le Sinanthrope de Chine, qui faisaient du feu, taillaient des outils, ont une capacité cérébrale qui est connue elle aussi par plusieurs moulages endocrâniens. La capacité cérébrale des Pithécanthropes est d’environ 860 cm3. Celle du Sinanthrope est de 1 075 cm3. Les Paléanthropiens répandus dans tout l’Ancien Monde pendant plus de cent mille années avaient, pour les plus anciens d’entre eux, une capacité cérébrale proche de celle qui est observée sur l’Homme moderne. Les Paléanthropiens les plus récents avaient un cerveau plus volumineux. La capacité cérébrale de l’Homme de La Chapelle-aux-Saints se situe aux environs de 1 625 cm3. L’Homo sapiens apparu il y a 30 000 ou 40 000 ans, a une capacité crânienne moyenne de 1 400 cm3.

Non seulement le volume du cerveau augmente généralement au cours du temps, mais la forme extérieure de l’encéphale, elle aussi, se modifie. Le nombre des circonvolutions cérébrales, et donc la surface du cortex, augmente depuis les Singes primitifs jusqu’à l’Homme moderne. La mesure comparée du volume des diverses parties de l’encéphale fait apparaître une évolution différenciée de ces parties. Par exemple, si l’on considère la série constituée par les Prosimiens, le Gorille, le Chimpanzé, et l’Homme, on s’aperçoit que le néocortex, ou nouveau cerveau, s’accroît en volume de plus en plus, au fur et à mesure que l’on avance vers l’Homme.

* *

Si l’on considère l’histoire paléontologique de la formation de l’Homme, on constate que le volume cérébral a doublé en quelque deux millions d’années, c’est-à-dire à peu près 50 000 ou 100 000 générations. La croissance du cerveau de l’Homme s’est arrêtée depuis environ 100 000 ans.

L’Homme moderne naît avec un cerveau dont le poids est de l’ordre de 300 grammes. Le cerveau, du moins le poids du cerveau, s’accroît environ cinq fois avant d’atteindre le poids adulte. Par contre, le poids de l’encéphale du petit Chimpanzé, à sa naissance, est déjà plus de la moitié de celui de l’adulte.

Le problème — l’un des problèmes qui s’imposent aux biologistes — est de comprendre comment, à partir du message génétique contenu dans l’ovule fécondé, c’est-à-dire de l’ovule qui a reçu la communication du message génétique donné par le père, comment à partir de ce message génétique qui tient dans une masse infime de matière, le cerveau de l’Homme adulte est progressivement construit, formé, constitué. Comment le message génétique contenu dans l’ovule fécondé peut contenir toutes les informations requises, toutes les instructions, pour commander à la construction de cet organe qui est le système physique et biologique le plus compliqué que nous connaissions à cette heure dans l’Univers. La Drosophile possède déjà un système nerveux constitué d’environ 100 000 cellules nerveuses ou neurones. Le cerveau de l’Homme moderne, qui pèse, rappelons-le, environ 1 500 grammes, est de l’ordre de cent milliards, selon des savants américains comme David Hubel, professeur de neurobiologie à la Faculté de Médecine de Harvard. Jean-Pierre Changeux, qui est professeur au Collège de France, avance les chiffres de deux à seize milliards et demi de neurones. Il existe donc de grandes variations entre les estimations d’un savant à l’autre.

Comme chacun sait, un neurone est constitué d’un corps cellulaire duquel surgit une fibre principale, l’axone, et un certain nombre de branches, les dendrites. La communication de l’information d’une cellule nerveuse à une autre cellule nerveuse s’effectue par deux moyens physiques : la méthode électrique et la méthode chimique. Le signal qui est issu d’un neurone est conduit le long de l’axone sous forme d’impulsions électriques. Mais il est aussi transmis d’une cellule nerveuse à une autre cellule nerveuse par l’intermédiaire de molécules complexes qui passent de l’une à l’autre. On appelle synapse le contact entre la cellule qui communique l’information et la cellule qui la reçoit. Le plus souvent, un neurone reçoit des informations qui proviennent de plusieurs centaines ou de plusieurs milliers d’autres neurones, et il transmet à son tour l’information reçue à plusieurs centaines ou plusieurs milliers d’autres neurones. Le nombre de synapses par neurone peut donc atteindre plusieurs milliers. Des savants comme David Hubel pensent que le nombre de cent mille milliards de synapses dans un cerveau humain est une hypothèse possible.

Les principes du fonctionnement des neurones chez des êtres aussi éloignés que l’escargot et l’homme sont semblables. La plus grande part de nos connaissances sur l’influx nerveux proviennent de l’étude du calmar.

C’est au début de ce siècle seulement que les spécialistes du cerveau ont établi que la cellule nerveuse, le neurone, est l’unité fondamentale du système nerveux. C’est en 1875 que le savant italien Camillo Golgi a réussi à voir, pour la première fois, quelques neurones qui apparaissaient en entier avec toutes leurs ramifications. Le savant espagnol Santiago Ramon y Cajal, mort en 1934, a appliqué la méthode découverte par Golgi à l’examen de presque toutes les parties du système nerveux de nombreux animaux. Cajal a établi tout au début de ce siècle, en 1904, que le système nerveux est constitué de cellules séparées qui communiquent entre elles par des synapses. Depuis trente ou quarante ans on a découvert que tous les neurones, quelles que soient leurs tailles et leurs formes, utilisent les mêmes sortes de signaux électriques. Lorsque l’influx arrive à l’une des terminaisons de l’axone, la membrane de la terminaison émet une substance chimique qui passe à travers l’espace qui sépare deux cellules nerveuses et agit sur la membrane synaptique de la cellule qui reçoit l’information. Plus de vingt médiateurs — c’est-à-dire plus de vingt substances qui servent à transmettre l’information d’une cellule nerveuse à une autre cellule nerveuse —, ont déjà été découverts.

Il n’existe pas deux neurones identiques, et cependant on a pu découvrir des constantes. Le corps cellulaire du neurone contient le noyau, lequel contient l’information génétique, et les appareils que nous avons indiqués dans notre précédente chronique consacrée à La Cellule, en particulier les appareils qui sont nécessaires à la synthèse de ces protéines que sont les enzymes. Les dendrites forment un arbre tout autour du corps cellulaire. C’est par ces dendrites que le neurone reçoit la plus grande partie des informations. C’est le long de l’axone que les signaux qui partent du corps cellulaire sont transmis vers d’autres parties du cerveau et du système nerveux. Le plus souvent, les synapses résultent de la rencontre de l’axone d’une cellule nerveuse et des dendrites d’une autre cellule. Lorsque l’axone parvient à une synapse, il forme un bouton terminal, lequel contient des vésicules, dans lesquelles on découvre plusieurs milliers de molécules du médiateur chimique, l’acétylcholine.

La partie du cerveau que l’on appelle le néocortex est la partie la plus récente, la plus moderne, la plus tardivement constituée dans l’histoire de la vie. C’est parmi les Primates puis chez l’Homme que le néocortex a atteint son plus grand développement. Chaque millimètre carré du tissu cortical comporte environ 100 000 neurones. A la fin du siècle dernier on a découvert que le néocortex était divisé en régions distinctes dont les fonctions sont différentes. Petit à petit on établit une sorte de carte des régions spécialisées : l’aire plus spécialement consacrée à la vue, celle qui est plus spécialement consacrée à l’audition, celle qui est consacrée au langage, etc. Par exemple, un signal provenant d’un œil est transmis au cerveau par environ un million de fibres nerveuses liées entre elles dans le nerf optique. Il parvient à la zone spécialisée à cet effet. Deux régions bien délimitées du cortex sont indispensables au langage. On sait d’autre part que le fonctionnement du cerveau humain n’est pas entièrement symétrique. La majorité d’entre nous utilise de préférence la main droite qui est commandée par la partie gauche du cerveau. Les centres du langage sont principalement situés eux aussi dans la partie gauche du cerveau. L’hémisphère droit est par contre dominant pour l’exercice de la musique. Il semble également dominant pour ce qui touche à l’expression des émotions. C’est vers 1860 que le savant français Paul Broca a découvert qu’une lésion d’une région particulière du cortex entraînait des troubles du langage ou l’impossibilité de parler, aphasie.

Depuis quelques années, on découvre de plus en plus des messagers chimiques nouveaux utilisés par le cerveau. Ces messagers chimiques sont des molécules géantes, constituées principalement d’acides aminés. Toute la psychiatrie contemporaine se trouve renouvelée par ces découvertes de molécules complexes qui servent à transmettre des informations de neurone à neurone et dont certaines ressemblent étonnamment à certaines drogues telles que la mescaline, le LSD, la morphine.

Le problème philosophique des rapports ou relations entre le cerveau et la conscience reste obscurci par près de vingt-cinq siècles d’histoire de la philosophie.

Autour du VIIe siècle avant notre ère, en Grèce et en Inde, apparaissent des textes, des documents, qui véhiculent un thème commun. L’âme est une substance divine, une partie ou une parcelle de la divinité, tombée dans ce monde multiple, ce monde des apparences. L’âme préexistante et divine est tombée dans un corps mauvais qui l’exile, qui l’aliène et qui la souille.

Ce thème se retrouve aussi bien dans les antiques tablettes orphiques, dans les documents des communautés orphiques et pythagoriciennes, chez certains philosophes comme Empédocle et Platon, et, du côté de l’Inde, dans les plus anciennes Upanishad. On peut donc en inférer raisonnablement que ce thème qui se retrouve ici et là doit avoir une source ou une origine commune que certains savants, par exemple Mircea Eliade, croient discerner du côté du chamanisme.

Au IVe siècle avant notre ère, le philosophe grec Aristote, disciple de Platon, propose une analyse que nous pouvons lire encore aujourd’hui dans son traité de l’Âme. Aristote rejette le thème platonicien de l’âme préexistante tombée dans un corps mauvais. Il propose une analyse originale. L’âme est le principe informant. L’âme, en informant une matière, constitue le corps vivant organisé qui n’existerait pas sans elle. Il n’y a donc pas lieu de se demander comment comprendre l’union de l’âme et du corps, puisque le corps, le corps vivant — tout corps organisé est vivant —, c’est l’âme elle-même qui informe une matière et qui l’organise. Dès lors que l’âme s’en va, à la mort, dès lors qu’elle disparaît, il ne reste pas un corps. Il reste un cadavre. Et l’œil d’un cadavre, la main d’un cadavre, n’est un œil, n’est une main, que d’une manière impropre. Il n’y a organe, il n’y a organisme, que s’il y a organisation et information. Le cadavre n’est donc pas un corps. C’est simplement de la matière qui avait été informée et qui ne l’est plus. Le cadavre ne ressemble au corps que de loin et provisoirement. Il est de la matière qui se décompose parce qu’elle n’est plus informée.

Cette analyse d’Aristote est peut-être l’une des rares analyses philosophiques du passé qui puissent encore nous être utiles aujourd’hui.

Après Aristote, cette analyse a été oubliée pendant de longs siècles. Les disciples de Platon, dans les premiers siècles de notre ère, ont repris, développé, orchestré le thème platonicien : l’âme est une substance divine tombée dans un corps mauvais. Les systèmes gnostiques qui ont pullulé dans les premiers siècles de notre ère ont accentué le caractère pessimiste de ce thème, en affirmant que le corps et la matière sont foncièrement mauvais et que le salut n’est possible qu’à la condition de se délivrer du corps et de la matière, ce qui était déjà la pensée de Platon.

Au XVIIe siècle, Descartes propose une théorie selon laquelle le corps est un système mécanique qui n’a pas besoin de l’âme pour exister. L’âme lui est associée. Elle n’a pas besoin du corps pour être et pour penser. Au XVIIIe siècle, les matérialistes français, allemands et anglais vont reprendre à Descartes cette idée que le corps, l’organisme est un système de type mécanique, comparable à ces machines que l’homme fabrique. Puisqu’il peut, selon cette hypothèse, exister et fonctionner sans l’âme, les disciples matérialistes de Descartes vont écarter comme inutile l’entité appelée âme. Toute la médecine du XIXe et du XXe siècle va subir profondément l’influence de la théorie cartésienne. Pour une part, la médecine du XIXe siècle repose sur le présupposé mécaniste : le corps est une machine. Elle traite l’organisme comme une machine, elle soigne, ou du moins elle entreprend de soigner, un organe à part d’un autre, comme fait le mécanicien pour la machine qu’il répare.

Une autre école médicale, appelée vitaliste, se refuse à considérer le corps comme une machine, et à séparer le corps de l’âme. C’est le cas par exemple de l’école médicale fondée au début du XIXe siècle par Samuel Hahnemann, l’inventeur de l’homéopathie.

Toutes les écoles médicales aux XVIIIe et XIXe siècles — et c’est encore partiellement vrai au XXe — dépendent de présupposés philosophiques plus ou moins bien analysés.

Le problème des rapports entre le cerveau et la conscience est un cas particulier, un cas éminent, du problème plus général de l’âme et du corps. Jusqu’aujourd’hui les savants se partagent entre diverses écoles philosophiques, selon leurs préférences, mais non pas, le plus souvent du moins, à partir d’analyses philosophiques reprises totalement à la base. Car en cette fin du XXe siècle il est évident qu’il faut reprendre tout le problème, à la base, à partir de zéro, en oubliant tout le passé. Plus exactement, il faut le reprendre à partir de l’expérience et des connaissances que nous fournissent la biologie moderne, la biochimie, la génétique, la neurophysiologie et nos connaissances encore très partielles concernant cet organe qui est le cerveau.

Quelques remarques très simples, tout d’abord, pour nettoyer le terrain des vieilles mythologies qui l’encombrent. Nous avons aujourd’hui une idée suffisamment claire de ce qu’est le processus de la fécondation. Nous savons que lors de la fécondation, un message génétique issu du père se combine à un message génétique donné par la mère et contenu dans le noyau de l’ovule. Deux messages génétiques se combinent pour donner un nouveau message génétique original, tel qu’on n’en a jamais vu et tel qu’on n’en verra jamais plus. A partir de ce message génétique nouveau, commence la construction de l’organisme, le développement de l’embryon. C’est lui, ce message génétique nouveau issu de la combinaison de deux messages génétiques antérieurs, qui commande à la construction et au développement de l’embryon. Toute l’information est donnée au début, à l’instant même de la conception, et donc de la formation du nouveau message génétique. Aucune information nouvelle ne sera introduite, injectée au cours de l’embryogenèse. L’embryon puis l’enfant puis l’adulte sont construits par le message initial. Au commencement était le message. Au commencement était l’information, et tout a été fait par elle, et rien sans elle n’a été fait de ce qui a été fait. C’est le message initial contenu dans l’œuf fécondé qui commande à la composition des molécules géantes, à l’assimilation des molécules déjà élaborées qui se trouvent dans son milieu vital, à l’élimination des toxines, à la multiplication cellulaire, à la différenciation des cellules, à la formation des organes. Il n’existe pas un organisme préexistant dans lequel l’âme descendrait. Il n’existe pas d’organisme vivant, il n’existe pas d’embryon ni d’embryogenèse sans information. Tout un pan de l’histoire de la philosophie du passé s’effondre, s’écroule devant cette simple constatation. L’âme ne descend pas dans le corps, dans l’organisme. C’est l’âme, le principe informant, qui constitue l’organisme et qui le fait être. Lorsque l’âme s’en va, il ne reste pas un corps, mais, ce qui est tout à fait différent, un cadavre, c’est-à-dire de la matière qui avait été informée et qui ne l’est plus. Elle se décompose. C’est l’analyse d’Aristote qui en gros est la bonne.

L’organisme n’est pas une machine, car l’organisme est un système qui non seulement se construit lui-même, et qui se répare, qui se régénère, qui sait se cicatriser lui-même. Il est un système qui renouvelle constamment les cellules qui le constituent, — sauf les cellules du cerveau ou neurones qui ne sont pas renouvelables —, et qui constamment renouvelle de fond en comble tous les atomes, toutes les molécules intégrées dans chacune de ses cellules, y compris les cellules nerveuses. Une machine ne sait pas faire cela. — C’est le système cartésien qui s’effondre.

L’âme ne se juxtapose pas au corps. Elle ne s’ajoute pas au corps. Tout système biologique connu est un psychisme. Un monocellulaire est déjà un psychisme. — Ce qui restait apparemment debout du cartésianisme s’écroule.

Nous savons par l’étude des systèmes biologiques les plus simples, les micro-organismes monocellulaires, qu’il existe des processus d’assimilation, de digestion, d’élimination, sans que soient encore inventés les organes appropriés à ces fonctions. Les organes spécialisés seront inventés plus tard. Les fonctions existent déjà.

Nous savons qu’il existe un psychisme rudimentaire chez les monocellulaires. Le système nerveux n’est pas encore inventé.

On ne peut donc pas dire, on ne peut pas soutenir que le système nerveux dans son ensemble, cerveau y compris, produit le psychisme. Cela n’a aucun sens. Car le psychisme existe chez des êtres rudimentaires et très archaïques qui n’ont pas encore de système nerveux.

De toute façon cette affirmation selon laquelle le système nerveux et le cerveau produiraient le psychisme et la conscience, n’a aucun sens. Car le cerveau vivant, c’est un ensemble de cellules, cent milliards de cellules chez l’Homme. Chacune de ces cellules est une composition complexe constituée de molécules hautement complexes elles aussi, et en constant renouvellement. Les molécules géantes sont des compositions faites de molécules plus simples, arrangées dans un certain ordre, qui est fonctionnel. Les molécules simples sont des compositions faites d’atomes, d’hydrogène, de carbone, d’oxygène, d’azote, de fer, de magnésium, etc. La matière que connaît le physicien, la matière qu’étudie le physicien ne peut pas produire du psychisme ou de la conscience, même arrangée en compositions aussi complexes que l’on voudra. L’argument n’est pas neuf et il n’est pas de moi. Il est d’un philosophe qui n’est pas suspect de cléricalisme : Denis Diderot, dans une lettre à sa ravissante amie Sophie Voilant.

Le cerveau ne produit pas le psychisme, puisque dans l’histoire naturelle de la vie le psychisme préexistait au cerveau.

La question est donc de savoir quelle est la raison d’être et la fonction du cerveau.

Tout est à reprendre à ce sujet sur des bases nouvelles. On ne prend pas trop de risques en avançant que le cerveau est l’organe qui recueille toutes les informations reçues par l’organisme vivant — tout organisme est vivant. C’est dans le cerveau que s’effectue le traitement, l’analyse des informations reçues par les sens. Et c’est à partir du cerveau que partent les décisions, les ordres qui vont être communiqués, soit consciemment soit inconsciemment, à tous les organes de l’organisme entier.

Le problème a été embrouillé par le fait que dans notre langue française les termes de conscience, de psychisme, d’esprit, sont utilisés dans le plus grand désordre. Le terme de conscience est utilisé par certains savants et appliqué à des êtres vivants très simples, très rudimentaires à qui il vaudrait sans doute mieux reconnaître un psychisme inconscient, un psychisme qui ne va pas jusqu’à la réflexion.

Une chose semble certaine du point de vue de l’expérience, c’est qu’on ne peut parler de psychisme qu’à partir du moment où apparaissent des systèmes biologiques hautement complexes, les premiers vivants. Parler de psychisme avant l’apparition des êtres vivants, parler d’un psychisme de la matière, des atomes et des électrons, comme le font aujourd’hui certains physiciens, semble relever de l’occultisme, de la magie, de la pensée prélogique, plutôt que de l’analyse raisonnable du donné. Le psychisme, le psychisme le plus simple apparaît avec le premier vivant. Tout être vivant est un psychisme, — contre Descartes, — mais avant l’être vivant il n’y a pas de psychisme dans l’Univers. Telle semble être la donnée objective fournie par l’expérience.

Le cerveau humain est ce que nous sommes en train de découvrir en ce moment. Ce qui nous est le plus proche, ce qui est nous-mêmes, est aussi jusqu’aujourd’hui ce qui nous est le plus lointain, le moins connu. L’humanité a commencé par connaître le Ciel, notre système solaire, avant de découvrir l’être vivant, et elle commence à peine à découvrir ce qu’est le cerveau de l’Homme avec lequel nous pensons. Il n’existe pas, à ma connaissance du moins, aujourd’hui une théorie générale du cerveau et de la conscience qui fasse l’unanimité parmi les savants.

Ceux-ci, nous le rappelions, sont partagés entre des écoles philosophiques dont les origines, les racines, sont très anciennes : le pythagorisme ou l’orphisme, le cartésianisme etc. Il n’existe pas encore une théorie générale du cerveau digne des savants qui explorent cette terre inconnue qui est le cerveau de l’animal et de l’Homme. Mais cette théorie ne sera possible que plus tard, lorsque les connaissances expérimentales auront progressé. Ce qui est sûr, ce qui est déjà acquis, c’est que le cerveau est un organe dans lequel entrent des messages et duquel sortent des messages. Le cerveau lui-même est construit à partir d’un message initial, contenu dans l’ovule fécondé. On sait par l’histoire naturelle que les capacités du psychisme semblent se développer au fur et à mesure que le cerveau se développe. Il reste à comprendre exactement la nature de cette corrélation.

Extrait de La Voix du Nord, 25, 28, 29 août et 5 septembre 1981.



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